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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)15

et les grands propriétaires fut rude, ces derniers accusaient les vegueros, les cultivateurs de tabac, de couper tout accès aux voies d'eau où se désaltéraient leurs bêtes, les champs de tabac étaient le plus souvent plantés sur les rives limoneuses des rivières. Ils les accusèrent aussi de brûler des étendues de terres vierges et de tuer le bétail qui piétinait leurs plants. Mais les intérêts des éleveurs ne furent pas défendus par la métropole, qui avait trouvé d'importants bénéfices dans le commerce du tabac créole, très apprécié des Européens. Les détenteurs d'importantes concessions de terre suivirent une autre voie : d'éleveurs ils devinrent planteurs. Il est à noter que cette transformation des sites d'élevage en terres à canne à sucre fut plus fréquente dans l'ouest de l'île qu'à l'est où les plantations sucrières ne s'implanteront qu'à la fin du XIXe siècle. Dès le XVIIe siècle, la disparité économique qui opposa les provinces occidentales et orientales de Cuba à la fin du XIXe siècle s'était établie.

Deux facteurs de la conjoncture internationale accélérèrent l'expansion de la culture de la canne à sucre à Cuba. Les zones traditionnellement productrices de sucre de Sicile et d'Andalousie déclinaient, la consommation de sucre en Europe augmentait. Les puissances rivales de l'Espagne dans les Caraïbes, la France, l'Angleterre et la Hollande, tentèrent de s'approvisionner à Cuba en déjouant le monopole de commerce de Madrid. Elles utilisèrent la flibuste afin d'obtenir des chargements de sucre sans payer au trésor madrilène les taxes correspondantes. La Hollande avait créé en 1631 la "Compagnie des Indes occidentales" avec le propos de blesser mortellement son ennemi espagnol, qui vit par deux fois sa flotte détruite entre 1628 et 1630. Les Créoles 3 se moquèrent une fois de plus des lois madrilènes et s'en remirent aux flottes de pirates et de corsaires qui infestaient la mer des Caraïbes. Des villes entières vécurent du trafic clandestin qui les pourvoyait en marchandises et esclaves et leur permettait d'écouler à de meilleurs prix leurs sucre et miel. Cependant, la rapide croissance de la culture de la canne à sucre se heurta à l'obstacle majeur du manque de main-d’œuvre. Certes les plantations ne périclitaient pas, mais elles ne prospéraient pas. Bien que l'île exportât désormais tabac, sucre, bois précieux, cuir et viande séchée vers l'Europe, Cuba demeurait une île où les immigrants espagnols ne s'attardaient pas, une étape vers le continent américain. Faute de bras, l'agriculture stagnait et la majorité des récoltes obtenues par des petits propriétaires blancs utilisant une main-d'œuvre familiale et quelques esclaves était encore destinée à la consommation interne et au cabotage avec les Antilles les plus proches.

3 Terme désignant toute personne née dans l'île de Cuba, quelle que fût sa race.

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