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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)150

plantation. Mais les actes les plus vengeurs des colons s'exerçaient contre les surveillants noirs qui les maltraitaient. Un esclave créole rapporta 393 :

Ils tuaient même les surveillants, à coups de bâton ou de couteaux. Ils ne croyaient en personne, les Chinois. Ils étaient rebelles de naissance. Très souvent le maître leur allouait un surveillant de leur race afin qu'ils deviennent plus confiants. Ceux-là, ils ne les tuaient pas !

Un autre surveillant ne fut pas tué, mais défiguré 394.

Quelques Asiatiques se rebellèrent dans une fabrique de cigarettes de la rue Figueras, ainsi qu'il a été écrit hier ; nous devons aujourd'hui ajouter que neuf infligèrent des blessures au surveillant [...] et que de plus, ils lui firent quelques marques sur la peau à l'aide d'un couteau sans pointe.

Les crimes et délits commis par les Chinois furent scrupuleusement enregistrés par les autorités de l'époque : tout colon "criminel" était une paire de bras pour les municipalités, les détenus devant travailler à leur service. Au cours de l'année 1856, prise comme exemple par les autorités, les délits des Chinois (11 pour 1 000 individus) furent des homicides, des blessures à autrui et des disputes 395. En 1855, on avait enregistré 407 crimes parmi les esclaves 396, soit 8 délits pour 1 000 individus. La comparaison entre la criminalité des colons et celle des esclaves est impossible, car les planteurs n'informaient pas les autorités des délits de leur main-d’œuvre esclave qu'ils préféraient "corriger" eux-mêmes. Quelques esclaves furent livrés à la police comme éléments trop indociles pour être contrôlés par leur maître. Les patrons de colons durent recourir à cette mesure de nombreuses fois 397 :

Fialo, propriétaire de la boulangerie La Maquina déclare devant nous qu'au nombre des Asiatiques qui travaillent pour lui se trouvent deux hommes, de noms Mateo et Jacinto, tous deux vicieux et arrogants, qui, abusant des bons traitements qui leur sont donnés, non seulement n'obéissent pas, mais essayent encore de persuader le reste de leurs compatriotes de suivre leur exemple [...]. Pour cette raison, je viens vous demander de conduire ces Asiatiques aux dépôts des marrons...

Ce patron préférait perdre deux de ses employés plutôt que voir un matin l'ensemble de ses travailleurs chinois se soulever ou s'enfuir 398 :

Les planteurs préfèrent souvent se défaire de l'employé considéré comme le plus indocile car ils connaissent d'expérience la solidarité des colons.

393 M. Barnet, Biografía de un cimarrón, p. 43.

394 Archivo nacional de Cuba, la Prensa, 20 octobre 1860.

395 F. Erenchun, Anales de la Isla de Cuba, año de 1855, p. 783.

396 Ibid., p. 246.

397 Archivo provincial de Matanzas, documents non classés, cas relatés par un patron de colons dans une lettre au colonel gouverneur de la province, 1869.

398 F. Erenchun, Anales de la Isla de Cuba, año de 1855, p. 784.

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