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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)152

que sur la plantation.

Aux suicides, incendies de cannes, assassinats d'administrateurs ou de contremaîtres, s'ajoutèrent les fuites des colons. Certains planteurs créoles se demandèrent parfois quelle était l'utilité réelle de cette immigration jaune, traître, indomptable, déloyale, paresseuse suivant leurs dires. L'un d'eux, le Marquis de Montelo, écrivit en 1864 403 :

Tout est allé mal avec les Chinois que j'ai engagés il y a un an ; de leur nombre total, 20 % sont perdus, soit suicidés, décédés ou enfuis.

3.Les fuites

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Les esclaves disparaissaient,

... dans l'intention d'éviter de travailler durant quelques heures ou quelques jours mais point dans le but de s'enfuir définitivement 404.

Rares, en ces années 1860-1870, étaient les esclaves marrons, qui gagnaient des zones montagneuses et boisées pour y demeurer. Rares furent aussi les colons qui s'abritèrent dans des sites sauvages pour y mener une existence solitaire. Le seul cas rapporté fut un échec. Le Chinois demeura plusieurs semaines hors d'atteinte, caché dans la forêt, évitant les hommes lancés à sa poursuite jusqu'au jour où il se blessa un pied en sautant un ruisseau. La gangrène gagna le membre, il fut rattrapé et conduit au dépôt municipal où il tenta par deux fois de se suicider 405.

Les Chinois s'enfuirent et comme les esclaves, furent pourchassés par des groupes armés, payés à cet effet. On put lire dans les journaux de l'île des annonces semblables 406 :

S'est enfui l'Asiatique Crístobal, appelé en son pays Chan Achat, de 28 ans environ, de haute stature et bien portant, les yeux particulièrement bridés, de peau blanche, cheveux courts. Il est habile et parle assez bien l'espagnol. Une gratification de 25 pesos sera offerte à qui le présentera ou donnera des précisions exactes sur le lieu où il se trouve. S'adresser au 77, rue Amistad...

De telles annonces étaient aussi placardées ou publiées par les maîtres d'esclaves. À la différence des Noirs, les coolies durent payer sur leurs salaires les frais occasionnés par leur capture. Les enfuis devenaient souvent des délinquants afin de pouvoir survivre. Avant de déserter, ils volaient quelques objets qu'ils pourraient vendre. L'un d'eux quitta la plantation où il travaillait, emportant un

403 Biblioteca nacional José Martí, Correspondencia inédita de José L. Alfonso, 26 décembre 1866.

404 Archivo histórico nacional de Madrid, Ultramar-Cuba, legajo 3555.

405 W.L.M. Jay, My Winter in Cuba, p. 234.

406 Archivo nacional de Cuba, Diario de la Marina, 20 avril 1871.

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