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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)153

cheval, une machette, un couteau et une once et demie de menue monnaie, et sa prévoyance lui suggéra d'emporter des vêtements, un hamac et un chapeau de paille 407. Pourvu de ce fardeau, il alla rejoindre des Chinois de la capitale qui le cachèrent et obtinrent pour lui de faux documents. La corruption de la police espagnole aidait les colons dans leur vie clandestine.

En 1872, 20 % de la population chinoise étaient considérés comme enfuis ; de ces 8 380 Chinois, 1 344 avaient été retrouvés et arrêtés 408. Le marronnage des colons fut le fait des zones sucrières de Matanzas, Cárdenas, Colón où les travailleurs chinois étaient les plus nombreux. Dans les années 1870, il fut habituel d'y voir un quart de la main-d’œuvre chinoise enfuie. Afin de mettre à profit cette main-d’œuvre inactive enfermée dans les dépôts municipaux, des contrats de six mois furent imposés aux Chinois marrons détenus. Or, souvent, les patrons des travailleurs révoltés ne venaient jamais les réclamer aux autorités si bien que les colons restaient au service des municipalités.

Les colons s'enfuirent aussi pour rejoindre les insurgés créoles. Ce geste politique de plusieurs milliers d'entre eux souleva un vent d'indignation.

4.Les colons mambís

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Les Chinois s'incorporèrent aux rangs des insurgés et soutinrent la lutte contre l'Espagne et les grands planteurs. L'homme espagnol était à leurs yeux le fonctionnaire, le policier, le garde rural qui, chaque jour, entravait leur liberté. La présence de chefs Taiping 409 favorisa cette incorporation. Les colons semblent avoir été attirés par les idées républicaines et nationalistes, mises en avant par les Mambís.

Il est de coutume de dire parmi les Chinois que les premiers colons de l'armée rebelle furent ceux de Manzanillo, suivis de ceux de Las Tunas, d'Holguin, de Santiago de Cuba, localités proches des sites des rebelles. Des colons désignés pour la construction de la Trocha, fortification élevée afin d'éviter la marche des insurgés vers l'ouest, gagnèrent les rangs mambís. Les rapports des chefs insurgés et les témoignages des Mambis, permettent de savoir qu'en 1869, un an après le début de la rébellion, les forces sous les ordres de Calixto Garcia, d'Ignacio Agramonte et d'autres fameux chefs de l'insurrection comprenaient des contingents de colons asiatiques. Certains comptaient des bataillons entiers de Chinois et lorsque le brigadier Sanguily fut fait prisonnier par les troupes espagnoles, la plus terrible insulte que crut lui adresser un sergent anonyme fut 410 :

407 Archivo nacional de Cuba, Miscelánea de libros, legajo 2761, letra AN.

408 Boletín de Colonización, 15 octobre 1873.

409 J. J. Pastraña, Los Chinos en las luchas por la liberación cubana, 1847-1930.

410 M. de la Cruz, Episodios de la revolución cubana, p. 211.

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