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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)155

La Commission chinoise de 1874 ne partagea en rien les avis des autorités et des insurgés. Ne désirait-elle pas admettre que des sujets chinois étaient des éléments de trouble ? Elle fit remarquer qu'un ordre royal de mai 1872 avait permis à nouveau l'immigration de travailleurs jaunes et que

les règlements de septembre 1872 conçus par la Commission centrale dans le seul but de retenir les Chinois à Cuba et de les induire à renouveler leurs engagements ne contiennent aucune provision indiquant la crainte de les voir participer à l'insurrection. En outre, les tableaux statistiques de cette même Commission montrent que sur 1 932 travailleurs envoyés à la tranchée de la Trocha, le point le plus rapproché des districts insurgés, 1 827 étaient chinois. Ce fait indique évidemment qu'on ne pensait pas nécessaire de prendre la moindre précaution à leur égard. D'ailleurs si leur présence nécessitait de telles précautions, pourquoi les propriétaires désirent-ils encore les amener en plus grand nombre à Cuba 415 ?

À l'appui de cette thèse des fonctionnaires chinois, peuvent être avancés des témoignages de coolies 416 :

La rébellion se compose à Cuba de sujets espagnols soulevés contre le gouvernement espagnol ; dans bien des cas les planteurs qui sont passés aux rebelles ont essayé de décider les Chinois à se joindre à eux, mais ceux-ci ont refusé au risque d'être tués et s'ils ont été forcés d'y aller sont revenus aussitôt. On peut se convaincre qu'il y en a beaucoup qui ont agi ainsi. En outre, bien que la Trocha et des plantations soient près des districts occupés par les insurgés, nous n'avons pas entendu citer un seul cas, où un Chinois se soit sauvé de leur côté. On ne doit guère s'attendre à ce que les travailleurs chinois rendent le bien pour le mal, mais nés dans un pays où les principes du droit sont en honneur, ils savent refuser de se joindre à des personnes qui violent les lois et le bon ordre.

Ce témoignage de trente coolies fut, semble-t-il, choisi parmi de nombreux autres plus susceptibles d'offenser le gouvernement de La Havane. Il permettait d'opposer un démenti aux planteurs qui déclaraient que 10 % de leur main-d’œuvre jaune était passée aux rangs rebelles, soit 3 000 hommes. Les cas de colons se refusant à participer à la geste nationale cubaine ne peuvent en rien étonner, l'attitude des chefs rebelles à leur égard ne fut pas aussi généreuse qu'on aurait pu l'espérer. Les représentants des rebelles réunis à Guaimaro le 24 février 1870 déclarèrent nuls les contrats des colons, mais ils décrétèrent que 417 :

malgré l'absence de relations diplomatiques entre la Chine et la République cubaine (clandestine) et nonobstant la reconnaissance des droits civils des Chinois, les colons étaient soumis au recrutement.

La main-d'œuvre jaune après avoir servi les intérêts des planteurs de l'ouest devait servir ceux des planteurs de l'est de l'île.

415 Chinese Emigration, p. 164.

416 Ibid.

417 Archivo nacional de Cuba, El Cubano libre, año 2, 16, Guaimaro, 12 mars 1870.

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