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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)16

2.Les bases de l'expansion sucrière

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Les multiples entraves à la croissance de la culture de la canne à sucre ne furent brisées qu'à la fin du XVIIIe siècle. La production sucrière qui était de 20 000 arrobas 4 au milieu du XVIe siècle, s'éleva au seuil maximal de 40 000 arrobas durant le XVIIe siècle et atteignit 2 387 688 arrobas en 1800 et 19 993 808 en 1850 (soit respectivement 220 t, 440 t, 26 742 t et 223 145 t). Une idée plus précise du développement de cette culture peut être donnée par le nombre croissant des unités de production : 50 en 1600 employant chacune 10 esclaves, 478 en 1760 utilisant une main-d’œuvre moyenne de 20 à 50 esclaves et 1 000 en 1820 comprenant 100 esclaves environ par habitation. La multiplication des haciendas 5 continuera au XIXe siècle et leur nombre passera à 1 442 en 1846 6.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la culture de la canne à sucre fut imposée par les nations mercantilistes européennes aux colonies des Antilles en vue d'approvisionner leurs marchés nationaux. Le sucre fut essentiellement une denrée vouée à l'exportation vers les métropoles. Quatre éléments étaient nécessaires au développement des plantations sucrières : les terres, les capitaux, les marchés d'exportation et la main-d'œuvre 7. Les Antilles, par leur position géographique, leur climat, la nature de leurs sols, leur abondance en terres vierges se prêtaient à la culture de la canne à sucre à grande échelle. Les nations mercantilistes possédaient les capitaux et les techniques nécessaires à l'établissement des manufactures et représentaient de larges marchés. Restait à résoudre la question de la main-d'œuvre. Les territoires antillais étaient des territoires vides, les populations indiennes avaient été décimées et les colons blancs restaient peu nombreux. Les planteurs créoles et les marchands métropolitains durent tourner leurs regards vers d'autres horizons : l'Extrême-Orient était encore méconnu et insoumis, seul le continent africain se présentait comme un réservoir de main-d’œuvre. De plus, les Portugais y avaient établi un réseau commercial sur les côtes du golfe de Guinée, et amorcé le commerce des esclaves africains.

Un problème se posa toutefois aux métropoles anglaise et française : comment obliger les Noirs amenés dans les Antilles à travailler dans des plantations contre de maigres rétributions alors qu'abondaient les terres vides et fertiles ? Les Africains n'allaient-ils pas s'enfuir, gagner les régions inoccupées par les Blancs et se transformer en paysans ? Tel n'était pas le projet des colons créoles qui désiraient voir ces bras attachés à leurs exploitations. En effet la

4 Arroba : mesure correspondant environ à 11 kilos.

5 Hacienda : terme désignant les plantations, équivalent espagnol de l'habitation des Antilles françaises.

6 O. Pino-Santos, Historia de Cuba, aspectos fundamentales, La Havane, Editorial universitaria, 1964, p. 96.

7 S. Mintz et E. Wolf, "Haciendas and Plantations in Middle America and the Antilles", Social and Economic Studies, vol. 6, n° 3, septembre1957, p. 380-412.

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