X hits on this document

670 views

0 shares

0 downloads

0 comments

162 / 240

Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)162

charbonniers. Une de leurs activité favorites au XXe siècle, la blanchisserie, ne leur fut pas possible au XIXe siècle : elle était l'apanage de femmes de couleur qui acceptaient de rendre leurs services à domicile. Les Chinois ne purent se consacrer que rarement aux activités artisanales où le savoir était transmis suivant les lignées familiales. Le transfert de main-d'œuvre esclave vers les canneraies durant les années 1859-1870 les favorisa, ils prirent les postes des esclaves et furent employés par les municipalités comme éboueurs, cantonniers, allumeurs de réverbères. Le manque de force de travail obligea les patrons à les utiliser comme dockers, cigariers, cuisiniers, domestiques, tâches qu'avaient déjà remplies quelques colons.

Mais la majorité des Chinois intégra des cuadrillas, ou équipes de travail, composées d'hommes libres obéissant aux ordres d'un chef qui louait leurs services contre redevance. Ce chef d'équipe était un intermédiaire qui mettait à profit sa connaissance de l'espagnol, ses liens avec des administrateurs de sucreries, de mines, d'entreprises de construction de bâtiments, et de compagnies de chemin de fer. Les hommes de ces équipes menaient une existence communautaire, partageant les frais de logement et de nourriture. Des colons sous contrat étaient recrutés par les chefs d'équipe, les cuadrilleros, qui utilisaient les services de faussaires afin de munir ces hommes de "lettres de domicile". À partir de 1870, de nombreuses descentes de police dans les logements de Chinois visèrent à mettre à jour ces procédés illégaux. Un Chinois témoigna en 1874 des pratiques des policiers créoles 438.

Si la lettre de domicile était accordée et si le Chinois voulait rester dans l'île, il devait se procurer un autre document, cedula, coûtant environ plus ou moins 10 pesos et devant être renouvelé chaque année. La perte de ce document ou quelque retard à le renouveler entraîne des peines sévères. En outre, pour tout voyage d'une ville à une autre, il faut un passe. Un médecin ne peut pas exercer son métier sans un passe semblable, et il ne lui est délivré que s'il paie certains frais [...]. Lorsqu’enfin nous possédons ces documents, nous avons constamment à les exhiber à tout garde qui veut les examiner ou à la police qui vient fouiller nos maisons ; alors on prétend souvent qu'ils sont faux, on les déchire et on nous conduit de force à la prison ou au dépôt, où on nous met des fers aux pieds et au cou et on nous oblige à travailler pour le gouvernement.

Souvent, ces visites avaient aussi pour but le vol 439 :

La police et les différents officiers subalternes s'engraissent à nos dépens et sont plus voraces qu'un ver à soie qui dévore des feuilles. Ils entrent constamment dans nos logements, fouillent même nos lits, nous accusent de violer la loi et d'avoir volé les objets qu'ils nous prennent et alors on nous dépouille de tout ce que nous avons, mobilier et argent.

438 Chinese Emigration, p. 167

439 Chinese Emigration, p. 167.

Document info
Document views670
Page views670
Page last viewedSat Dec 10 21:24:14 UTC 2016
Pages240
Paragraphs3347
Words101954

Comments