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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)163

Les planteurs n'acceptaient qu'avec réticence de payer plusieurs dizaines de pesos à des hommes qu'ils auraient pu engager pour 4 à 6 pesos mensuels. Le marquis de San Miguel écrivit à plusieurs reprises dans le journal El Diario de la Marina afin de mettre en garde les planteurs contre ces équipes de Chinois. Dans l'un de ces articles, il félicita les autorités de leur insistance à poursuivre les membres des cuadrillas 440 :

Le gouverneur de Colón nous a donné la clé pour lutter contre ce mal […] il a été le premier à commencer la croisade contre les dénommées équipes d'Asiatiques, qui sont et seront toujours une des plus grandes disgrâces de ce pays. En effet, elles se composent en général de colons enfuis, colons vicieux et corrompus qui se joignent à ces équipes non seulement pour y travailler en tant qu'hommes libres, oubliant leur devoir sacré de remplir leurs contrats, mais encore pour y gagner 25 pesos au lieu des 4 mensuels qui leur sont assignés.

Il demanda aussi que soit accentué le contrôle des mouvements des chefs d'équipes, les capataces.

Ces équipes permettaient aux colons libérés de demeurer dans l'île et offraient à certains des possibilités d'enrichissement. Le manque de main-d’œuvre se faisait surtout sentir dans les zones sucrières. Dans les villes, dans les ports, les Chinois se heurtaient à la concurrence des ouvriers blancs ou de couleur qui contre des salaires identiques accomplissaient les mêmes travaux. Seulement un petit nombre d'entre eux put obtenir des emplois urbains. La plupart se tournèrent vers les emplois agricoles souvent refusés par les hommes libres. Là, la concurrence était moindre. Les chefs des équipes de colons furent parmi les premiers à se libérer de leurs contrats, car ils recevaient des salaires supérieurs et ils purent racheter leur liberté. Ils surent exploiter la situation du marché de l'emploi de l'île et créer leurs propres équipes, permettant à des colons enfuis de trouver travail et protection contre les poursuites policières. Des colons libérés venaient s'intégrer à ces équipes. Les planteurs se trouvaient encore une fois face à une situation insoluble. Ils ne possédaient pas l'appareil policier nécessaire au contrôle des mouvements de plusieurs milliers de Chinois, enfuis ou libres, et ils devaient accepter les offres des chefs d'équipes qui provoquaient la hausse du prix de la main-d’œuvre agricole. Ce système d'équipes présentait cependant un avantage pour eux ; ils y trouvaient l'appoint de main-d’œuvre nécessaire en période de plantation, de récolte ou de désherbage.

Refuge pour les colons enfuis, source d'emploi pour les colons libérés en butte à la concurrence des ouvriers créoles, les cuadrillas permettaient à leurs chefs d'accumuler un pécule, aussitôt utilisé à des fins commerciales. Ces sommes étaient faibles comme le témoignage d'un chef d'équipe le laissa voir en 1874 441.

440 Archivo nacional de Cuba, Diario de la Marina, 12 avril 1870.

441 Chinese Emigration, p. 157.

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