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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)164

ayant ma cédula, je procurai au propriétaire d'une plantation 20 travailleurs qui tous possédaient ce document, mais la police m'accusa d'engager des gens qui n'avaient pas fini leur temps de contrat et je fus arrêté. On me prit 70 pesos en or et 200 en papier et on m'en demanda 200 de plus pour me relâcher...

Les émigrés chinois, à la différence des esclaves affranchis et de nombre d'éléments de couleur libres, savaient "comment faire travailler leur argent" suivant l'expression utilisée par Maurice Freedman dans une courte note sur la connaissance qu'avaient les Chinois de la pratique de l'emprunt et de l'endettement 442. Ils considéraient une dette comme un moyen de s'enrichir. Freedman rappelle la coutume répandue parmi toutes les couches de la population chinoise des associations de prêt, fonctionnant comme des organes de crédit mutuel. Une dizaine d'hommes versaient chaque mois une somme à une caisse commune qui se trouvait à la disposition des membres à tour de rôle. Les fils de colons rappelèrent dans leurs écrits 443 la présence d'associations de cuadrilleros pratiquant cette forme de prêt. Restaurants, boutiques vendant poissons, gâteaux, fruits et légumes furent rapidement ouvertes par d'anciens colons dans les années 1860-1870. Les quelques pesos utiles à ces établissements classés "de dernière catégorie" et ne menaçant pas ceux des commerçants créoles et espagnols pouvaient être collectés par un ancien colon auprès des chefs d'équipes ou même auprès d'autres Chinois. Cependant, les cas de colons devenus petits commerçants furent peu nombreux : la juridiction de Cárdenas qui comptait en 1871, 40 % des colons libérés de leurs contrats, soit 3 394 individus, comprenait 112 commerçants de race chinoise. La liste des passeports demandés par 32 sujets chinois en 1872 dans la ville de La Havane montre qu'un seul d'entre eux était commerçant. Mais peut-être les détenteurs d'établissements commerciaux n'étaient-ils pas enclins à retourner dans le pays natal 444 ?

D'autres exercèrent maints petits métiers n'exigeant aucun capital : fripiers, ramasseurs d'os pour la fabrication de boutons et de colle, revendeurs de détritus, d'objets usés, vendeurs ambulants. Ces derniers étaient liés à des groupes de jardiniers établis près des villes sur des terres délaissées riveraines de cours d'eau. La zone d'habitat chinois de la capitale de Pile illustre cette répartition de leurs occupations. Les rues Animas, Virtudes, Zanja y Reina constituèrent le secteur le plus dense de peuplement chinois de La Havane. Là, les anciens colons employés dans des équipes de construction des bâtiments du quartier s'établirent aux côtés des jardiniers qui mettaient à profit les terrains arrosés par l'aqueduc royal (Zanja Real). Ils constituèrent un périmètre d'habitat qui devint quelques années plus tard le quartier chinois de la capitale, entre le quartier noir de Jésus Maria et une zone résidentielle blanche. Est-ce pour cette raison que la mémoire populaire semble n'avoir retenu des colons asiatiques que l'image du Chinois de La Havane portant

442 M. Freedman, "The Handling of Money, a Note of the Background of Economic Sophistication of Overseas Chinese", Man, avril 1959, n° 88/89, p. 64.

443 A. Chuffat Latour, Apunte histórico de los Chinos en Cuba.

444 Archivo nacional de Cuba, Cartas de naturaleza, n° 3227.

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