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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)167

Au mois de mars 1870, s'ouvrit à La Havane la première maison de commerce chinoise. Ses propriétaires, au nombre de trois, apportèrent un capital de 50 000 pesos de l'époque (environ 75 millions d'anciens francs). Lay Weng, Yong Shan et Lam Tong étaient banquiers. Les activités de la maison portèrent sur l'importation de produits d'Asie : drogue, produits alimentaires, médicaments et objets divers en provenance de Canton ou de Hong-Kong 449.

À la suite de cette maison d'import-export, s'ouvrirent dans les zones d'habitat chinois, des établissements commerciaux assurant la distribution des produits débarqués à La Havane : Matanzas, Cárdenas, Jovellanos, Colón, Sagua la Grande connurent dès septembre et octobre 1870 450 des grands magasins chinois ravitaillant les colons libérés. Les chefs d'équipe furent les intermédiaires entre les magasins d'approvisionnement et les péons chinois. Ils devinrent les distributeurs des produits importés par les nouveaux marchands. Certains d'entre eux, 4 exactement, acquirent une telle fortune qu'ils purent devenir planteurs à leur tour pendant les années 1875-1880.

15 négoces au capital supérieur à 30 000 pesos de l'époque (soit plus de 45 millions de francs anciens) dont 12 à La Havane 451 possédaient un réseau de succursales à l'intérieur de l'île qui fonctionnaient avec un capital approximatif de 5 000 à 20 000 pesos (soit 7,5 à 30 millions d'anciens francs). Ces marchands chinois ne purent jamais rivaliser avec leurs homologues espagnols qui détenaient le monopole des relations commerciales de l'île avec les autres nations. Ils durent se résoudre à créer un réseau de liens commerciaux avec la Chine portant sur des produits inconnus dans l'île. Ce circuit parallèle se développa sans obstacle, les compagnies espagnoles ne s'y intéressèrent guère faute, semble-t-il, de liens directs avec la Chine depuis que Hong-Kong avait supplanté Macao. Des banquiers chinois de San Francisco jetèrent les bases de ce commerce d'importation de marchandises utiles aux péons chinois. Le capital de Hong-Kong, qui avait trouvé

449 Il est aisé d'imaginer deux voies au trafic entre la Chine et Cuba : l'une aux mains des marchands chinois, passant par le Japon, San Francisco ou Vancouver, le canal de Panama et La Havane, l'autre aux mains des marchands anglais et chinois, suivant l'itinéraire des bateaux de coolies, îles de la Sonde, cap de Bonne Espérance, Cuba puis l'Angleterre. Cette dernière était l'un des principaux pourvoyeurs de marchandises de Cuba. Peut-être pourrions-nous imaginer un trafic triangulaire suivant lequel l'Angleterre transportait de Cuba à ses ports sucre et miel antillais, chargeait des produits nationaux à destination de Hong-Kong et de Canton d'où des navires affrétés par des compagnies chinoises assuraient l'approvisionnement des maisons de commerce chinoises de La Havane. Les deux hypothèses peuvent être avancées mais ne peuvent être vérifiées faute de documents et de témoignages. Ayant été consulté à ce propos, le professeur Lyman ne put nous faire parvenir aucun renseignement utile : les archives dépouillées par lui-même lors de son étude des communautés chinoises de San Francisco à la fin du XIXe siècle (The Structure of Chinese Society in the 19th Century America, unpublished Ph. D. dissertation, Berkeley, University of California, 1961) ne mentionnaient pas de relations entre les colonies chinoises de Californie et de Cuba. La seconde voie de trafic paraît la plus probable.

450 A. Chuffat Latour, Apunte histórico de los Chinos en Cuba, p. 35-36.

451 L'un à Santiago, servant de magasin et de banque, un autre à Sagua et un dernier à Camaguani.

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