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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)168

emploi jusqu'alors en Californie, transféra une part de ses actifs à Cuba, créant en 1872 la maison de commerce "Yan Wo Chang" qui ne comprit que des employés d'origine insulaire. Son capital fut évalué à 80 000 pesos (soit 120 millions de francs anciens). La firme de Hong-Kong "Yan WO" 452, dont le capital était estimé à un million de pesos (soit plus d'un milliard d'anciens francs) semble avoir adopté les méthodes des maisons anglaises installées en Chine : elle se créa un corps de personnel autochtone afin de faciliter les relations avec les autorités du pays d'accueil. Le chef du service d'importation et des douanes était créole, le chef du personnel des docks l'était aussi. Le représentant de la firme à La Havane était originaire de Nán Hăi et avait suivi des cours commerciaux aux États-Unis avant de prendre possession de son poste. La maison "Yan Wo" fit office de banque.

On ne peut citer ici toutes les sociétés d'importation qui s'établirent à La Havane ; elles furent plus ou moins importantes et influentes, mais toutes possédèrent la même vocation : approvisionner le groupe chinois, suivant deux canaux, les succursales et les cuadrilleros enrichis dénommés alors contratistas. Le lien entre le circuit commercial mis en place par les contratistas et le développement des maisons de commerce de La Havane fut mis en évidence en 1885. La récolte sucrière de 1884 fut vendue à bas prix, mais les propriétaires de magasins chinois avaient accepté, durant toute l'année, les ordres de paiement délivrés par les planteurs aux contratistas. Ces ordres ne furent jamais validés et les maisons de commerce chinoises connurent des désastres financiers. Chuffat cite l'exemple de la maison "Wing Shong et Cie" de La Havane qui perdit dans la zone de Sagua la Grande quarante mille pesos (soit 60 millions de francs anciens) et dans celles de Colón et de Jovellanos vingt mille pesos (soit 30 millions de francs anciens). La maison chinoise fit faillite au mois de mars 1885. La suivirent deux compagnies des plus importantes, l'une fondée par des Chinois du sud "Yap" en 1878 important principalement de l'opium, l'autre appuyée par le capital bancaire de San Francisco, revendant des objets d'Asie. Les pertes s'élevaient respectivement à 40 000 et 50 000 pesos (soit 60 millions et 75 millions de francs anciens). Les faillites de 1885 illustrent le rôle des maisons d'importation. Elles prêtaient aux résidents chinois les sommes nécessaires à leur installation comme commerçants, acceptaient les ordres de paiement des planteurs comme dettes des chefs d'équipe, établissant un système de crédit à court terme (un an) en faveur des premiers. La première banque chinoise à Cuba n'apparut que sept ans après l'arrivée des premiers marchands. En juin 1877 s'ouvrit la banque "Wing Tung Yick", gérée par un Chinois éduqué en Grande-Bretagne. Les années suivantes, les villes de l'intérieur de l'île connurent à leur tour des maisons bancaires chinoises, Santa Clara en 1890, Colón en 1894. Peut-être faut-il trouver, dans cette organisation d'un crédit à court terme, la raison de l'accueil favorable aux marchands chinois par les planteurs ? Ces derniers, en ces années de conversion industrielle, manquaient de liquidité pour payer leur main-d’œuvre. Le commerce chinois put se développer grâce à cette conjoncture défavorable aux planteurs. Le passage de l'esclavage au salariat lui donna ses deux bases : une forte demande de

452 A. Chuffat Latour, Apunte histórico de los Chinos en Cuba, p. 43.

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