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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)169

main-d'œuvre agricole que les cuadrilleros exploitèrent à leur profit, un marché de produits de consommation courante au sein du groupe des péons.

Malgré ces incidents de parcours, les marchands chinois s'enrichirent au point de détenir à La Havane dans les années 1890 un total d'investissements de plus d'un million de pesos de l'époque (soit un milliard et demi de francs anciens) 453. Aucun document ne permet d'estimer le capital détenu par les banques. L'une d'elles, la firme "Weng On", établie à Cuba en 1880, ouvrit des succursales à Cárdenas, Colón, Cienfuegos, Sagua. Elle constituait une filiale de la maison mère établie à Hong-Kong. Son chiffre d'affaires atteignit 3 millions de pesos de l'époque (quatre milliards d'anciens francs) 454 et, en 1889, elle distribua à ses actionnaires des dividendes de mille pesos pour chaque action de 100 pesos. Un homme formé aux techniques commerciales, parlant l'anglais et l'espagnol, représentait la firme à Cuba. Après avoir acquis un important capital, il partit chercher épouse en Chine d'où il ramena trois de ses neveux qui s'établirent comme commerçants à Cuba. Cette firme fut à l'origine de l'ouverture de boutiques luxueuses qui offraient à l'aristocratie terrienne des objets provenant de la Chine ou du Japon, créant une mode et un engouement pour les soies, poteries, porcelaines et ivoires orientaux. Les gérants de ces magasins furent souvent des hommes originaires de Gāo gōng, zone de production et de tissage de soies du delta des Perles, dont provenaient nombre d'immigrés, anciens colons ou nouveaux arrivés des années 1880.

Leur arrivée vint renforcer les rivalités entre Cantonais. Des hommes originaires de Sé Yap avaient ouvert des maisons d'importation. Les antagonismes ne se révélèrent plus au sein des sociétés fraternelles mais dans de nouvelles associations, les casinos. Ces nouvelles formes de regroupement furent le fait des immigrants espagnols qui se divisaient en Catalans, Asturiens, Galiciens, Canariens arrivés dans l'île durant le XIXe siècle. Les Chinois formèrent sous l'égide des grands marchands des casinos asiatiques ; les sociétés secrètes furent supplantées mais ne disparurent pas. Les marchands se disputèrent la présidence de ces casinos qui étaient autant d'organes utiles à l'implantation de réseaux commerciaux locaux. Par le contrôle du casino d'une ville, un groupe de marchands détenait le monopole de l'approvisionnement de la région. Les marchands asturiens, galiciens et catalans contrôlaient de cette façon les nombreux

453 Suivant le registre du commerce de 1883, on notait à La Havane, où résidaient 8 640 Chinois, les établissements commerciaux suivants :

66 boutiques tenues par des Chinois, vendant des produits à la fois créoles et chinois ;

14 vendant des marchandises et des objets importés directement de Chine ou du Japon ;

4 pharmacies distribuant des médicaments importés de Chine ;

2 cafés situés au centre du quartier chinois, rue de la Zanja, nos 23 et 28 ;

1 atelier de tailleur ;

1 salon de barbier ;

1 restaurant de luxe ouvert en 1874.

5 sans spécification.

454 A. Chuffat Latour, Apunte histórico de los Chinos en Cuba, p. 71.

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