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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)17

production de sucre devait se conformer à une exigence qui demeure de nos jours : les cannes doivent être broyées dans les vingt-quatre heures qui suivent leur coupe, sinon, le sucre se dégrade. Si la plantation sucrière peut permettre une mobilité de la main-d’œuvre durant la morte saison, elle exige sa présence au moulin et dans les champs de canne durant la période de la coupe. La question qui se posait aux planteurs était la suivante : établis comme paysans indépendants, les Africains accepteraient-ils de travailler saisonnièrement sur les plantations ? La réponse était évidemment négative. Les planteurs pouvaient prévoir que les arrivants ouvriraient de nouvelles terres, formeraient des villages et vivraient étrangers au monde de la plantation. Seul, un régime répressif pourrait les obliger à demeurer sur les exploitations agricoles. L'abondance de terres disponibles rendait inopérante l'obligation de gagner un salaire pour survivre : une obligation extra-économique devait être créée. La surveillance vigilante de cette nombreuse main-d’œuvre était rendue impossible par la faiblesse de l'appareil d'État dans les colonies, les corps de police, la milice et l'armée étant trop restreints pour accomplir une telle tâche. Seul l'esclavage, c'est-à-dire un système social qui lierait par la force de la loi les immigrés à leur "employeur", qui leur ôterait toute responsabilité collective et individuelle et tout droit civil, seul un tel système répondait aux exigences des planteurs et de leurs protecteurs, les métropoles européennes. Des législations nouvelles furent écrites et les avantages de ce système qui heurtait tant les idéologies égalitaires de l'époque furent justifiés par des économistes, tel Herman Merivale :

Le travail esclave est beaucoup plus cher que le travail libre partout où la pression démographique et l'absence de protection légale obligent l'homme à offrir ses services à un prix à peine supérieur au minimum vital, et c'est ce qui se passa dans les pays européens. Mais malheureusement, ces circonstances ne se reproduisent pas dans les pays coloniaux où l'abondance des terres non appropriées, la fertilité naturelle du sol, le climat favorable, font que les hommes libres fuient le travail salarié quel que soit le niveau des salaires. La limite de rentabilité de l'esclavage est atteinte lorsque la densité de la population est telle qu'il devient meilleur marché de recourir aux services d'un journalier libre 8.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, l'esclavage résolvait une série de problèmes dans les Antilles : il permettait l'immigration de milliers de bras utiles à l'agriculture et à la prospérité des îles ainsi que leur maintien dans l'enceinte des plantations sans aucune intervention étatique, le maître assurant lui-même la surveillance et la répression des éléments rebelles ; il permettait l'appropriation des terres par les colons blancs et la domination des îles par une population d'origine métropolitaine. D'autre part, il résolvait le problème du coût de la force de travail dans des contrées où les lois du marché capitaliste ne pouvaient fonctionner comme en Europe vu l'extrême abondance des terres cultivables. L'esclavage donnait la possibilité au colon sans fortune d'ouvrir des terres et de construire une

8 H. Merivale, Lectures on Colonization and Colonies, Delivered before the University of Oxford in 1839 and 1841, p. 567.

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