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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)170

habitants originaires de leur province. Marchands chinois et espagnols dépensèrent force argent pour construire des locaux, célébrer des fêtes, maintenir des liens avec la région d'origine, que ce soit une province espagnole ou la Chine, et venir en aide aux immigrants les plus défavorisés. Le règlement du casino asiatique de Placetas précisa le rôle d' "un institut composé de personnes connues pour leur amour du progrès et du bien-être de ce pays et de la Chine, et sujettes aux lois et préceptes des gouvernements espagnol et chinois". L'article 2 indique que le casino avait pour but l'assistance des Cantonais en cas de maladie ou de nécessité et leur instruction dans les langues chinoise et espagnole. Les dirigeants devaient se proposer d'offrir à tous les membres divers loisirs ; étaient admis les jeux de dominos, échecs, dames, cartes et autres autorisés par les autorités. Toute discussion religieuse ou politique était interdite.

Le premier casino asiatique fut fondé à La Havane en 1870. Durant les années qui suivirent, chaque centre d'habitat chinois de l'île vit une de ses rues s'orner de la traditionnelle maison peinte en rouge où les Chinois allaient jouer, lire les journaux de leur pays, converser et célébrer leurs cultes. Remedios en 1879, Placetas en 1887, Sagua la Grande en 1888, Colón, Cárdenas, Matanzas, Camaguani à des dates qu'on ne connaît pas.

Les villes de La Havane, Matanzas, Cárdenas, virent leurs îlots chinois s'orner de théâtres, de maisons de jeux et de fumeries d'opium. Le premier théâtre chinois s'ouvrit à La Havane en 1875. Des acteurs comiques arrivés de San Francisco inaugurèrent l'établissement sis au 124 rue Lealtad. Les spectacles se déroulaient les soirs et les dimanches. Ce fut un événement pour les Créoles qui ne surent comment accueillir les sons nouveaux et aigus des instruments chinois. Cienfuegos, Colón, Sagua, Placetas connurent l'arrivée de troupes d'acteurs venus présenter des opéras traditionnels. Les maisons de jeux apparurent dès 1872 dans la capitale. Le jeu principal était constitué par la charade (chiffá à Cuba), composée des trente-six signes de la dynastie Ming. Les fêtes religieuses furent rapportées par les chroniqueurs de l'époque 455 :

Pour le moins, durant les trente dernières années, en ce qui concerne les fêtes de Colón, la note exotique, typique, sensationnelle, ce furent les Chinois qui la donnèrent, avec leurs costumes riches et voyants, leurs dragons et autres animaux bizarres, avec leurs feux d'artifice jamais égalés par personne et avec leur habitude de dépenser l'argent pour paraître bien.

Les chroniques de l'époque décrivent des festivités chinoises lors de l'ouverture d'un édifice ou d'une célébration du culte de Guān Gōng, dieu de la guerre. Les mois d'été étaient témoins des hommages qui lui étaient rendus dans les villes de l'île 456. Guān Gōng était la divinité la plus fêtée, celle qui apparaissait dans tous les casinos asiatiques, et celle qui était invoquée lors de conflits entre marchands. Une

455 Centenario de Colón, 1836-1936, Revue commémorative, 1936, p. 46.

456 A. Chuffat Latour, Apunte histórico de los Chinos en Cuba, p. 96.

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