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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)171

Chambre de commerce chinoise créée en 1881 et disparue en 1882 crut pouvoir réglementer le prix des marchandises par les marchands chinois. Les infractions étaient nombreuses et tout coupable, convoqué devant l'assemblée générale, était prié de jurer serment devant Guān Gōng. Il semble que ce recours fut inutile, la Chambre de commerce s'éteignit. Une autre divinité fut célébrée en juillet dans la ville de Caîbarien : "Ku Yam " (Guān Yin), déesse de la beauté. Suivant les légendes répandues à Cuba et basées sur une courte histoire colportée par les membres de la communauté 457,

une nuit, le Chinois Lo Yon se promenait sur le bord de la plage quand il vit une femme très belle, portant un costume de soie et un panier plein de fleurs de jasmin. Mais quand Lo Yon s'approcha d'elle, Ku Yam" disparut. À partir de ce jour, les Chinois crurent que cette belle image n'était autre que celle de la déesse de la Beauté, venue de Chine pour sauver ses fils des rigueurs de l'esclavage.

Depuis, les Chinois venaient annuellement en pèlerinage sur cette plage de Caîbarien. Suivant une autre légende, Guān Gōng serait apparu à un Chinois établi à Cimarrones, alors qu'il se reposait dans un fauteuil. La légende précise que s'empara de son corps un esprit qui parlait mandarin. L'esprit lui annonça. "Je suis le prince qui voyage à travers l'espace et je suis venu apporter réconfort à tous les fils qui se rappellent de la famille abandonnée." Des banquets en son honneur durant de longues journées impressionnèrent les Créoles 458 :

En 1880, Colón connut une fête somptueuse. On joua au bouton publiquement dans le théâtre chinois, on lança et brûla quantité de fusées. Un capital immense fut gaspillé en trois jours […]. On disposa trente tables divisées en sections et l'on mangea porcs et volailles pour une valeur de 800 pesos (soit 4 000 francs actuels).

L'officialisation des liens entre l'Espagne et la Chine fut part de l'action commerciale des marchands chinois. La traite des Jaunes avait pris fin en 1873 à l'instigation des Anglais et des Portugais. La Chine, sous la pression de l'Angleterre, avait alors envoyé la mission chargée de s'intéresser au sort des colons de Cuba dont on a vu à plusieurs reprises les principales prises de position. Ce fut le premier acte du gouvernement impérial à l'égard des travailleurs sous contrat. Mais l'Espagne, voyant se tarir la source de main-d’œuvre cantonaise, demanda l'ouverture de relations diplomatiques entre les deux nations. Elle cherchait à créer un courant d'immigration libre à destination de sa plus riche colonie. À la suite d'un traité de 1877, l'immigration libre et volontaire de sujets chinois, accompagnés de leurs familles, fut reconnue par Madrid et Pékin. Très peu nombreux furent les émigrants libres qui vinrent côtoyer les colons libérés, malgré les désirs de lucre des compagnies maritimes et des agences d'émigration chinoises. Les intérêts financiers chinois et espagnols se heurtèrent, chacun désirant monopoliser l'organisation de ce nouveau trafic. Le consul d'Espagne à Hong-Kong vanta en 1879 les effets bénéfiques d'une nouvelle immigration libre,

457 Ibid., p. 87.

458 A. Chuffat Latour, Apunte histórico de los Chinos en Cuba, p. 110.

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