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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)172

insistant sur le transfert d'argent qui s'établirait entre Cuba et la Chine, comme cela s'était vu aux Philippines 459. Suivant ce fonctionnaire, les émigrants enverraient des sommes d'argent à leurs familles demeurées dans la province de Guangdong, sommes dont l'État chinois pourrait tirer quelques revenus !

La compagnie chinoise "China Merchant's Steam Navigation" détenait le droit de monopole du transport d'émigrants vers les Antilles et refusa d'y renoncer. De hauts personnages de la cour de Pékin semblent avoir participé aux bénéfices de cette entreprise. La compagnie proposa l'émigration pour Cuba de 20 000 Chinois entre 1882 et 1885. Aucune suite à ce projet ne fut donnée par le ministère d'Outre-mer qui s'en prit à l'avidité du directeur de la compagnie chinoise. Suivant les propos du ministre, "une possible émigration chinoise à Cuba fut laissée à l'initiative privée, aucun accord officiel entre les deux gouvernements ne venant mettre sur pied un courant d'émigration continu et contrôlé" 460.

Cependant, les premiers diplomates chinois arrivèrent à La Havane en 1879. Des consulats s'établirent dans les quatre principales zones d'habitat chinois de l'île 461. Ils consolidèrent la vie sociale des casinos, permettant l'arrivée de journaux, d'informations et de nouvelles de Chine. L'une de leurs actions les plus appréciées des émigrés fut l'obtention de sépultures. Le droit d'ensevelir les corps de leurs morts fut obtenu : à partir de 1883, les Chinois purent construire leurs panthéons dans un cimetière particulier de La Havane. Cette reconnaissance officielle de la Chine par la métropole changea la condition des Chinois. Des anecdotes en témoignent 462 :

À Pinar del Rio, Monsieur Pastor Mauri (Ju Men en chinois) gifla fortement Monsieur Batalla au café de la Marine, parce que ce dernier avait déclaré que les Chinois ne valaient rien. Il se créa entre les deux hommes une grande bagarre et l'on en vint aux coups... À Jovellanos, il y avait de nombreux Français qui travaillaient dans le restaurant de Juan Torena. Un jour, ils se mirent à plaisanter d'une manière peu agréable pour les Chinois. Là encore, s'éleva une dispute et on se battit à coups de chaises entre Chinois et Français.

Dix années auparavant, de tels incidents auraient envoyé les Cantonais à la prison municipale ou au bagne. En 1885, aucune suite ne fut donnée à ces querelles.

La même année, les Chinois célébrèrent publiquement le triomphe du général Lau Weng Fuk sur les troupes françaises à Bac Ninh, en Chine, et participèrent sous la direction de deux marchands arrivés dans l'île en 1870 463, à la constitution d'une section du Guo Min Tang, se faisant les partisans de Sun Yat Sen et d'un ordre républicain en Chine.

459 Ministerio de los Asuntos exteriores, Madrid, legajo II, A/2365/, 1878-1890.

460 Ministerio de los Asuntos exteriores, Madrid, legajo II, A/2365/, 1878-1890.

461 Matanzas, Colón, Cárdenas, Sagua.

462 A. Chuffat Latour, Apunte histórico de los Chinos en Cuba, p. 72.

463 A. Chuffat Latour, Apunte histórico de los Chinos en Cuba, p. 104.

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