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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)176

témoignages des colons concernant des coalitions de Noirs et de Chinois sont extrêmement peu nombreux 473 :

Quatre Nègres, de concert avec certains Chinois nouvellement arrivés tuèrent notre nouvel administrateur. En dépensant de l'argent, le maître s'arrangea pour qu'il ne fût pas question de la participation des Nègres et le crime fut imputé à dix d'entre nous...

Planteurs, esclaves et colons s'attachèrent au contraire à porter une emphase toute particulière sur les différences de comportements entre les deux derniers groupes. Les Chinois furent définis en termes de conduites spécifiques liées à une identité collective. Dans leur interaction avec les Chinois, les Créoles, libres ou esclaves, blancs ou de couleur, attendirent de ces derniers des comportements (silence, rébellion, fuites, suicides, immoralité, etc.) qui devinrent autant de critères de la définition sociale des Chinois comme formant un groupe à part. Le terme de séparatiste utilisé par un esclave et le projet des planteurs d'isoler les colons asiatiques révélaient cette définition des Chinois comme une catégorie sociale particulière.

Pour les Créoles, un groupe social était une collection d'individus réunis suivant des signes similaires. Les engagés chinois présentaient des similitudes : économiques (octroi de salaires, occupations, conditions de travail, maniement de l'argent, activités commerciales), juridiques (travailleurs sous contrat), culturelles (langue, attitudes, croyances, pratiques quotidiennes) et raciales. Ils pouvaient être perçus comme un ensemble et classés en un groupe délimité. Mais ces similitudes fondaient leur différence car il n'existait aucune équivalence entre les comportements et les signes définissant les Chinois et les Créoles : la non-appartenance des premiers à la société créole s'en trouvait conclue et affirmée. Cette vision de la société comme un système mécanique d'organisation de similitudes et de différences est reprise par les analyses empiriques de l'ethnicité, qui sont portées à créer les notions de dysfonction, d'anomie, de marginalité et à s'appuyer sur celles d'homogénéité et de consensus sociaux. Ces analyses donnent une interprétation de la réalité sociale qui reproduit le mécanisme d'identification des acteurs sans jamais l'expliquer. Elles ne disent rien sur ce qui provoque et anime cette interprétation en termes de similitudes et de différences. D'autre part, dans le cas des immigrés chinois à Cuba, il apparaissait que certains traits empiriques furent choisis pour définir ces derniers (criminalité, immoralité, rébellion, irréligiosité). Ces traits insistaient tous sur les dissemblances de comportements entre Chinois et Créoles, tandis que les traits portant sur les similitudes de condition entre les engagés et les esclaves étaient passés sous silence, bien que perçus de tous. La démarche des acteurs créait une contradiction dont l'analyse en termes de différences et de similitudes ne rend pas compte : les colons asiatiques n'étaient pas identifiés comme des esclaves par ces derniers, alors qu'ils étaient lés à des esclaves par les Créoles libres, les témoins de l'époque et par les Chinois eux-mêmes.

473 Ibid., p. 158.

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