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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)178

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Le code idéologique créole

1.La pratique juridique

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Un rapport social fondait l'organisation de la société esclavagiste créole, celui entre maîtres et esclaves. Il était rendu manifeste par la relation juridico-politique qui opposait ces deux classes en termes de statut légal : les conditions libre et servile se définissaient l'une par l'autre. La négation de tout droit civil à l'esclave donnait à l'homme libre le droit de le représenter, de le guider, de le commander, de régir son existence sociale et de s'approprier son travail. L'Africain asservi ne pouvait circuler librement, se marier, exercer la puissance paternelle, pratiquer un culte, disposer d'un bien, travailler sans que son maître n'en décidât. N'ayant aucune existence juridique, il ne pouvait rien posséder, ni échanger et se voyait contraint à céder le produit de son travail. Les esclaves disposèrent de lopins de terre en vue d'obtenir des produits nécessaires à leur maintien. La condition d'homme libre impliquait l'exercice du pouvoir juridique, politique et économique sur des individus désignés comme esclaves : les hommes libres pouvaient devenir des maîtres, des planteurs.

Ce rapport de domination-subordination liait maîtres et esclaves dans une relation complémentaire où le rang hiérarchique était toujours accordé aux premiers. L'esclavage se basait sur la force, la traite des Noirs précédait l'exploitation du travail esclave. Mais le pouvoir politique du maître n'était pas absolu, il laissait lieu à une possible action des esclaves. La relation hiérarchique entre maîtres et esclaves fut vécue selon deux modes, la violence physique et la dépendance. Lorsque, de 1820 à 1850, le réservoir de main-d’œuvre africaine resta accessible, les esclaves furent cruellement exploités et leur mortalité élevée. Cette période correspondit à un fort accroissement de la population servile, à la prédominance des Africains dans les ateliers des plantations et à la seule période de l'histoire de Cuba au cours de laquelle des rébellions d'esclaves furent relatées. À partir de 1850, lorsque la main-d’œuvre commença à se tarir, la politique du buen trato fut introduite et l'usage de la force moins fréquent. Dans la réalité quotidienne, les faits n'étaient pas aussi tranchés. Fuites, résistance passive et

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