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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)179

active des esclaves et accommodements entre eux et les maîtres prenaient place simultanément.

La relation de dépendance du maître et de ses esclaves fut illustrée par les limites apportées par ces derniers aux droits du premier. À des occasions fixées par la coutume (festivités, visites d'étrangers dans la plantation, dimanche matin, le soir après les travaux) les demandes des esclaves étaient formulées, elles devaient être écoutées et satisfaites. Un planteur écrivit en 1859 à ce propos 474 :

Ceux qui connaissent nos coutumes et comprennent la langue fruste des Noirs des plantations auront fréquemment entendu exprimer dans leurs chants des besoins ignorés des maîtres, des plaintes, des épigrammes, des satires contre ceux qui les gouvernent sans connaître leurs obligations.

Un esclave septuagénaire s'adressa en ces termes au même planteur 475 :

J'ai labouré presque toutes les terres de la plantation, j'ai coupé plus de cannes qu'il n'y a de feuilles aux arbres, j'ai vu grandir ces palmiers qui n'étaient guère que d'herbe. Quand je vins de mon pays, j'ai plusieurs fils qui travaillent pour moi, laissez-moi me reposer et me réchauffer auprès du feu de ma case jusqu'à ce que je meure.

La demande pouvait être faite par l'atelier entier. Le même maître rapporta comment un vieil esclave, profitant de la visite de plusieurs de ses amis à la plantation, chanta la condition de ses semblables, mêlant éloges et reproches 476 :

Chantant, il dit combien l'avait touché la présence des Blancs auprès des Noirs travaillant, il dit encore qu'il recevait une bonne nourriture et de bons habits, que rarement le fouet tombait sur leurs épaules, qu'ils étaient soignés avec attention lors de leurs maladies, qu'étant en période de récolte, ils avaient le droit de manger et de boire à leur guise miel et vesou, qu'ils avaient aussi le droit de cultiver des jardins, d'élever des porcs et des volailles, mais qu'ils ne pouvaient supporter les longues veillées lors de la récolte, qu'ils tombaient de sommeil, que dormant ils chargeaient les cannes, que dormant ils les mettaient dans le moulin, que dormant ils surveillaient le vesou, que dormant ils battaient le vesou dans les rafraîchissoires...

Si ces demandes n'étaient pas satisfaites, le maître se voyait payé en retour d'un geste de destruction. Un équilibre s'établissait entre obligations et droits des maîtres et esclaves.

Face à cette dichotomie entre conditions libre et servile, comment se situèrent les colons asiatiques ? Travaillant pour 80 % d'entre eux sur des plantations, côte à côte avec des esclaves, connaissant des châtiments physiques que ces derniers en cette période de buen trato ne supportaient plus, ne disposant d'aucune liberté de mouvement, les Chinois se considérèrent traités comme des esclaves. Les

474 A. Suárez y Romero, Colección de artículos, p. 236.

475 Ibid., p. 219.

476 A. Suárez y Romero, Colección de artículos, p. 228-229.

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