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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)18

usine à sucre. Empruntant sur ses prochaines récoltes de canne, il achetait des esclaves débarqués à La Havane après avoir été capturés en Afrique. Par la suite, il n'avait aucune dépense à réaliser pour rémunérer cette main-d'œuvre. L'Africain construisait sa paillotte, cultivait un jardin, élevait quelques animaux et assurait ainsi sa subsistance et celle de sa famille s'il en possédait une. Le maître lui octroyait simplement quelques pièces de tissus annuellement. Cependant, lorsque les plantations s'agrandirent au XIXe siècle, les bases de cette organisation changèrent, la question du coût de la main-d’œuvre se posa en d'autres termes comme on le verra plus loin.

L'Espagne désira imiter l'exemple de ses rivales qui s'enrichissaient grâce à leurs colonies antillaises mais son développement économique et sa position sur la scène internationale lui ôtèrent toute possibilité d'apporter aux Créoles les quatre éléments indispensables à la prospérité de leurs plantations. L'Espagne avait été la première métropole européenne à introduire la culture de la canne à sucre dans les Antilles, durant la seconde décade du XVIe siècle, mais ce ne fut pas à grande échelle.

Jusqu'aux premières décennies du XIXe siècle, le problème le plus aigu pour les planteurs de Cuba resta celui de la main-d'œuvre. La population créole s'était accrue mais insuffisamment pour faire face à la demande de bras des habitations : en 1550, on comptait 6 000 habitants dont 4 000 Indiens, en 1662, 30 000 dont 2 000 Indiens et en 1759, 140 000 9. L'Espagne ne pouvait autoriser aucune hémorragie de population alors qu'elle connaissait, sous l'effet de facteurs internes, un grave déficit démographique depuis le XVIe siècle : sa population de 7 millions d'habitants en 1500 s'accrut durant le XVIe siècle, atteignit le chiffre de 8 millions en 1600 pour décliner ensuite considérablement. Elle était de 5,5 millions en 1650 10. Afin d'enrayer le flot d'émigration vers les colonies, l'Espagne interdit le départ des éléments féminins, à moins qu'ils ne soient liés par des nœuds conjugaux ou familiaux aux émigrants 11. La proportion des femmes dans les Antilles espagnoles fut toujours minoritaire. On peut supposer que ce fait gêna la constitution d'exploitations agricoles familiales et obligea la paysannerie créole à recourir à une force de travail extérieure, concurrençant ainsi les planteurs sur le marché de la main-d'œuvre de l'île. De plus, l’Espagne ne put importer des esclaves elle-même. Le traité de Tordésillas qui avait octroyé l'Afrique au Portugal l'en empêchait. Elle dut dès lors accepter l'interférence de ses ennemis de manière à favoriser la croissance des îles. Elle offrit de nombreuses résistances politiques que l'Angleterre réussit partiellement à briser suivant le vœu des Créoles de voir les étrangers concourir au développement de leur économie 12.

9 R. Guerra y Sánchez, Historia de la nación cubana, 1952, t. 2, p. 7 8.

10 J. Maillet, Histoire des faits économiques, p. 175.

11 Ordre royal de 1556.

12 Don A. O'Reilly, Memoria dirigida al Ministro Arriaga, 1er avril 1764.

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