X hits on this document

762 views

0 shares

0 downloads

0 comments

180 / 240

Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)180

planteurs parlèrent d'achat des travailleurs chinois et non de cession de contrats d'engagés et, dans les documents administratifs, ce ne fut qu'à la fin de leurs contrats que les Chinois furent désignés du vocable de "libres". Des travailleurs chinois conclurent que 477 :

sans tenir compte de leurs capacités ou des positions qu'ils occupaient dans leur pays natal on les traitait tout comme des travailleurs ordinaires ou des esclaves.

De multiples témoignages semblables pourraient être cités.

Les textes des contrats ne faisaient aucune référence aux droits civils des engagés. Des règlements édictés par les autorités espagnoles à différentes dates (1849, 1852, 1854, 1860, 1862, 1868, 1872) précisèrent que les immigrés renonçaient à tout droit civil incompatible avec l'accomplissement de contrats. Ainsi les colons ne détenaient-ils plus le droit de se marier librement, ils devaient pour cela obtenir le consentement de leurs patrons. Si ces derniers s'y opposaient, les colons pouvaient rechercher de nouveaux patrons et obtenir le transfert de leur contrat. Les enfants issus des unions connaissaient le statut de leur mère. Si celle-ci était libre, ils naissaient de statut libre, si elle était esclave, ils devaient obéissance et service au maître de cette dernière jusqu'à l'âge de 18 ans. Ce statut s'appliquait aussi aux enfants issus d'hommes libres et de femmes esclaves. Cette clause des règlements ne peut donc assimiler les Chinois à des esclaves. Ils avaient d'autre part un droit refusé aux pères esclaves, celui d'exercer leur puissance paternelle.

Une autre clause des règlements concernait la liberté de mouvement des engagés. Tout colon avait besoin d'une autorisation écrite de son patron pour franchir l'enceinte de son lieu de travail. Le document portait son signalement ainsi que la date et le lieu de son déplacement, sinon le colon était susceptible d'être incarcéré, toute personne de statut libre pouvant dénoncer sa fugue possible. Un colon enfui puis capturé payait de son salaire les frais de sa recherche. Afin de circuler dans l'île, les Chinois devaient en outre détenir un acte de domiciliation (cedula de vecindad) portant signalement, nom, âge, lieu d'engagement et numéro d'inscription sur la liste générale des colons. Il leur en coûtait de 10 à 100 pesos pour obtenir ces documents, et de 1 à 10 pesos pour les renouveler chaque année, selon la cupidité des fonctionnaires locaux qui les délivraient. Cette restriction de liberté de circuler fut appliquée sous d'autres formes à tous les travailleurs sous contrat des Antilles et des Mascareignes, dans des îles françaises ou anglaises où l'esclavage avait été aboli. Ce n'était qu'un des aspects contraignants du travail sous contrat. On ne peut oublier qu'à Cuba un homme libre devait se munir d'un passe délivré par la police lorsqu'il désirait se déplacer dans l'île.

477 Chinese Emigration, p. 188.

Document info
Document views762
Page views762
Page last viewedThu Jan 19 04:44:02 UTC 2017
Pages240
Paragraphs3347
Words101954

Comments