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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)183

prétendent obtenir effrontément à Cuba, nous ne pourrons que convenir qu'il ne sera pas étrange qu'un jour ils se mettent à la tête d'une conspiration, que secondés par des éléments de la race africaine, ils compromettent la tranquillité publique et fassent courir le sang...

Les planteurs craignirent ces hommes qui "dépourvus de tout sens moral et religieux tuent et meurent sans trembler 486 "... Selon certains d'entre eux, la solution au dilemme posé par les immigrants chinois était leur rapatriement 487.

Les coutumes des Chinois, leur immoralité, leur manque d'affection pour le pays où ils se trouvent, leur aversion pour la religion que nous professons et leur tendance à se rebeller et même à nourrir des projets ambitieux et détestables font que non seulement on doit considérer avec horreur la propagation de leur race à Cuba, mais encore rejeter leur permanence dans l'île. Il serait utile et convenant que... ces colons quittent l'île le jour même où ils terminent leurs contrats...

Mais les impératifs économiques commandaient aux nécessités politiques en cette période d'industrialisation de la production sucrière ; la colonisation asiatique devait encore durer de nombreuses années et le dilemme posé aux planteurs fut résolu par la répression et par la violence.

Les droits des engagés (recevoir un salaire, racheter le contrat, voir les clauses des contrats respectées, retourner en Chine) furent sans cesse bafoués. Les témoignages des colons à ce propos constituent la matière essentielle du rapport de la Commission chinoise 488 :

Mon maître me devait 108 pesos et j'allai me plaindre aux autorités ; mais on me reconduisit à mon maître qui me força à travailler cinq autres mois sans me payer. Comme il déclarait que pour me punir d'avoir porté plainte contre lui, il me vendrait à une autre plantation, je me rendis de nouveau avec un ami de La Havane pour porter plainte. Là, on nous enferma dans un dépôt et j'y suis depuis sept ou huit ans ayant à travailler sans recevoir de gages. Mon maître n'a jamais eu à répondre de l'accusation que j'avais portée contre lui... Après sept années de service, je donnais 150 pesos en argent à mon maître pour racheter ma liberté, cependant, il me retint pendant une autre année 489.

Quand un de nous possédant quelque argent et une cédule se prépare à retourner en Chine, la police et les autres fonctionnaires subalternes en ont bientôt connaissance, ses papiers sont saisis, déchirés et on l'accuse d'avoir déserté. Il est attaché, torturé, on lui vole ses effets et s'il essaie de protester ou de s'expliquer il est sévèrement battu. Beaucoup ont été ainsi tués 490.

486 Archivo provincial de Matanzas, documents non classés.

487 F. Figuera, Estudios sobre la Isla de Cuba, la cuestión social, p. 43.

488 Chinese Emigration, p. 120.

489 Chinese Emigration.

490 Ibid., p. 168.

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