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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)184

Il faut noter que certains colons furent traités plus généreusement. La municipalité de La Havane en 1859 accorda des gratifications aux Asiatiques des services de voirie 491. Des planteurs récompensèrent leurs colons par des salaires plus élevés 492. Mais, la Commission chinoise entendit des centaines de plaintes semblables. Selon les registres de passeports déposés aux archives de La Havane, de 1858 à 1881, 3 000 Chinois regagnèrent leur lieu d'origine 493. Les responsables du mouvement d'immigration chinoise avaient estimé à 10 % le nombre des immigrés qui retourneraient en Chine, ce pourcentage correspondant selon eux au nombre de colons vagabonds et délinquants qu'il aurait été dangereux de laisser stationner sur le territoire de Cuba.

En cas de non-respect des clauses de leurs contrats, les colons avaient droit de recours auprès de leur protecteur, le gouverneur général de l'île, et de ses représentants locaux, les lieutenants-gouverneurs, mais les nombreux témoignages présentés jusque-là ont montré que réparation ne pouvait être obtenue. La condition juridique des Chinois fut sans cesse bafouée. Une boutade créole encore courante de nos jours fixa cette image des colons asiatiques : "ils le dupèrent comme un Chinois" (lo engañaron como a un Chino).

2.La pratique religieuse

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À Cuba, tout homme libre était chrétien, la valeur morale de l'esclavage résidait dans l'œuvre d'évangélisation des Africains par leurs maîtres, dans leur initiation aux dogmes de la religion et de la morale catholiques. Suivant ces préceptes, un homme libre pouvait être un homme de couleur, l'insertion dans la communauté catholique était l'une des conditions de l'affranchissement d'un esclave. Esteban Montejo parlant des religions africaines dans les baraquements mentionna avec mépris la pratique intéressée des rites catholiques par certains esclaves 494 :

L'autre religion, c'était la catholique, celle-là, c'était les curés qui l'avaient introduite, mais pour rien au monde, ils ne pénétraient dans les baraquements d'esclaves. Les curés étaient très soignés. Ils avaient un air sérieux qui n'allait pas avec les baraquements. Ils étaient si sérieux que des Noirs les suivaient au pied de la lettre. En fait, ils les aidaient beaucoup. Ils apprenaient le catéchisme et le lisaient aux autres, avec tout, les mots et les prières. Ces Noirs étaient des domestiques et ils se réunissaient avec d'autres esclaves dans la cour de la plantation. Ils venaient en messagers des curés. La vérité est que je n'ai jamais rien appris de tout cela, parce que je n'y comprenais rien. Et je crois que les domestiques non plus, mais comme ils étaient si raffinés et si bien traités, ils jouaient à être chrétiens...

491 J. de la Pezuela y Lobo, Diccionario geográfico, estadístico, histórico de la Isla de Cuba, p. 119.

492 U. Feijóo de Sotomayor, Inmigración de trabajadores españoles, documentos y memoria escrita sobre esta materia, p. 103.

493 Archivo nacional de Cuba, Miscelánea de libros, registros de pasaportes, 10 720 à 10 730.

494 M. Barnet, Biografía de un cimarrón, p. 35.

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