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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)185

L'ostentation de pratiques chrétiennes rapprochait de l'univers des maîtres et des hommes libres. Nombre d'esclaves domestiques étaient appelés à être affranchis durant leur vieillesse.

Les préceptes égalitaires de la doctrine chrétienne ne furent pas mis en avant ; le gouvernement espagnol rappela en 1866 quel danger ils auraient présenté à Cuba495 :

C'est l'intérêt des propriétaires d'esclaves qu'il faut mettre en avant en refusant les missionnaires. Si l'on fait une distinction entre l'enseignement de la doctrine et la célébration des offices divins (c'est-à-dire la messe), on doit savoir que la prédication religieuse si elle suit les principes de la religion de Jésus-Christ et s'oppose en cela à l'esclavage, éveillera chez les esclaves une aspiration à la liberté et causera des désordres terribles...

La christianisation des esclaves des plantations fut succincte. Jusqu'en 1820, date du début de l'expansion sucrière, les esclaves reçurent des cours de catéchisme d'un prêtre ; ils disposèrent de leur dimanche matin pour se rendre à l'office religieux, ils se marièrent religieusement et baptisèrent leurs enfants selon le vœu des autorités ecclésiastiques. Mais la prospérité apportée par l'introduction de la vapeur comme force motrice obligea les planteurs à accélérer les rythmes de travail. L'œuvre d'évangélisation fut considérée comme une gêne, une perte de temps et une lutte âpre s'engagea entre l'Église et les planteurs. Ces derniers refusèrent à leurs esclaves le droit de quitter la plantation pour se rendre aux offices, les contremaîtres furent désignés pour dispenser la lecture de quelques pages de catéchisme, des cimetières furent édifiés sur les plantations afin d'éviter les déplacements jusqu'au village le plus proche. Baptêmes et mariages furent moins fréquemment célébrés, en quatre occasions annuelles seulement. Les prêtres disparurent des aires des moulins et certains planteurs se refusèrent même à payer leur redevance traditionnelle à l'Église 496. De 1820 à 1880, l'évangélisation des esclaves des plantations devint le fait des maîtres.

Les illustrations du catéchisme utilisées par les contremaîtres blancs se rapportaient à la production du sucre, "qui pouvait expliquer le paradis céleste" 497. Les esclaves apprirent que la vie n'était que tâches répétées, telle la coupe du bois durant laquelle les tas de bûches étaient comptés par le commandeur. Jésus était un commandeur, annotant tout jusqu'au jour de la mort où il condamnerait ceux qui n'auraient pas accompli leur devoir spirituel. L'âme pure du bon esclave était blanche comme le sucre raffiné. Mais aucune âme n'était donnée pure, il fallait la blanchir comme le sucre roux qui contenait des impuretés. Pour cela, "les âmes impures devaient aller au purgatoire, comme le sucre roux devait aller à

495 Junta informativa de Ultramar, Interrogatorio sobre la manera de reglamentar el trabajo de la población de color y asiática.

496 M. Moreno Fraginal, "Iglesia e ingenio", Revista de la Biblioteca nacional José Martí, 5e année, 1963, nos 1-4, La Havane.

497 Ibid., p. 17.

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