X hits on this document

741 views

0 shares

0 downloads

0 comments

186 / 240

Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)186

la purgerie". Les âmes sales étaient perdues et condamnées tel le sucre brûlé qu'on jetait. Ce catéchisme accommodé à la capacité d'entendement des Noirs bossales, suivant son auteur, le prêtre Antonio Nicolas Duque de Estrada 498, devait inculquer l'obéissance aux esclaves nouvellement arrivés d'Afrique. Le maître était encore considéré comme le délégué de Dieu sur la plantation, sa bénédiction était demandée par les esclaves les jours de fête ou simplement le soir au retour des champs 499.

Suivant les documents concernant la période de 1860-1880, ce furent souvent des esclaves âgés qui respectèrent les dogmes catholiques. Ils étaient les personnages les plus vénérés des groupes esclaves, les représentants auprès des maîtres et les détenteurs du savoir religieux. Eliza Ripley, de confession protestante, notait dans les années 1870 500 :

Les coolies et tous les Noirs recevaient de la morue au lieu de viande séchée le Vendredi Saint. De nombreux Africains s'abstenaient de toute nourriture ce jour-là et par d'autres actes démontraient leur respect envers l'Église. À l'heure de l'angélus où qu'ils puissent être et quelle que soit la tâche, les plus âgés s'arrêtaient un instant, découvraient leurs têtes, faisaient le signe de croix et répétaient une courte prière... Très souvent, lors des danses (le dimanche) une femme installait une petite table à ses côtés, sur laquelle elle disposait une nappe blanche, une bougie allumée et une tasse. Ceux qui le désiraient jetaient une pièce de monnaie dans ce réceptacle, et la somme collectée était envoyée au curé pour qu'il dise une messe pour le repos de quelque parent. Il y avait une étrange combinaison de superstition africaine et de formalisme catholique dans l'attention que les Noirs prêtaient à la mort. Ils étaient attentifs à deux détails : que les amis quittent le monde nus, une bougie allumée à la main. Une bougie bénie est toujours gardée par chaque famille créole pour être placée dans les mains des morts. La même est utilisée de génération en génération...

Le respect du formalisme catholique était aisé pour les esclaves des plantations. Leur interprétation de la religion catholique en termes de pouvoir et de puissance surnaturelle rendit possible la coexistence d'un Dieu chrétien et celle des cultes africains. Les dieux africains respectés par les esclaves à Cuba étaient liés aux forces naturelles. Magie et sorcellerie étaient couramment pratiquées dans les baraquements. Les sorts servaient à se venger d'un rival, du maître, du commandeur, à obtenir une faveur. La force des dieux africains était crue grande, même lorsqu'elle s'attaquait au maître catholique 501 :

Il y avait des sorts réalisés à partir de terre de cimetière. Avec cette terre on faisait quatre petits tas pour représenter les points de l'univers. À l'intérieur de la marmite, on mettait des pattes de poule, lesquelles sont une herbe, ainsi que des pailles de

498 M. Moreno Fraginal, "Iglesia e ingenio", Revista de la Biblioteca nacional José Martí, 5e année, nos 1-4, La Havane, 1963.

499 W. Goodman, Un artista en Cuba, p. 193.

500 E. Ripley Moor McHatton, From Flag to Flag, a Woman's Adventures and Experiences in the South during the War in Mexico and in Cuba, p. 178.

501 M. Barnet, Biografía de un cimarrón, p. 26.

Document info
Document views741
Page views741
Page last viewedWed Jan 18 09:07:00 UTC 2017
Pages240
Paragraphs3347
Words101954

Comments