X hits on this document

641 views

0 shares

0 downloads

0 comments

189 / 240

Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)189

3.La pratique raciale

Retour à la table des matières

Au sein du rapport entre maîtres et esclaves, une correspondance s'établissait entre, d'une part, les termes de Blanc et de maître, et d'autre part ceux d'esclave et de Noir. La plantation esclavagiste créole impliquait que tout asservi fut de couleur, l'histoire de la domination européenne en Afrique aux XVIIIe et XIXe siècles fondait cette assimilation.

Les propriétaires terriens, qui possédaient les plus importantes unités de production de l'île, ne pouvaient maintenir ce rang qu'en faisant preuve de la pureté raciale de leur lignée. Un décret royal de 1805 faisait obligation aux personnes d'ascendance noble ou appartenant à des familles de renommée publique, d'obtenir une autorisation des autorités civiles pour tout mariage avec une personne de couleur. Aucun élément de couleur ne pouvait pénétrer ce groupe de producteurs, ne pouvait devenir grand propriétaire et planteur. Les hommes libres n'étaient pas égaux, leur rang socio-économique dépendait de leur accès à la terre et à la main-d'œuvre comme l'illustra, une fois encore, la lutte entre les divers groupes de planteurs entre 1850 et 1880. Les concessions de terre et le droit d'importation de la main-d’œuvre, les deux sources d'accumulation du capital dans l'économie insulaire, étaient contrôlés par le gouvernement espagnol. Les planteurs ne s'évaluèrent jamais en termes économiques suivant leur richesse et l'importance de leurs exploitations mais en termes d'honneur, expression de leur valeur sociale. Cet honneur avait nom : appartenance à une lignée blanche titrée (la plupart des familles de grands planteurs possédaient encore un titre en 1850), fidélité au roi et à la foi catholique. Ces trois faces de l'honneur du grand planteur créole n'en constituaient qu'une, la reconnaissance de la lignée par la monarchie espagnole. L'honneur se défendait à travers la parenté, les alliances entre familles devaient perpétuer l'allégeance au pouvoir madrilène. La fonction politique des maîtres émanait de la Couronne qui leur avait délégué certains de ses attributs, des concessions de terres et le contrôle du commerce des esclaves.

Les statuts légal et social d'un individu étaient rigidement liés à une appartenance raciale au sein du face à face qui opposait les maîtres et les esclaves sur les plantations. Un planteur devait être un homme libre, blanc et catholique, la main-d’œuvre devait être esclave, de couleur et non christianisée. Mais il n'y eut jamais assimilation rigide des termes d'homme blanc et d'homme libre. L'intégration des esclaves dans la communauté des hommes libres était rendue possible, par leur évangélisation et conversion au catholicisme. À Cuba, les hommes de couleur de statut libre pouvaient devenir des maîtres, posséder des esclaves. La condition libre ne comportait une connotation raciale déterminée que si son détenteur possédait terres et esclaves, c'est-à-dire était planteur. Jamais le droit des Mulâtres et Noirs d'acheter des esclaves ne fut questionné. La promotion sociale des gens de couleur était possible, ils pouvaient être des artisans, des

Document info
Document views641
Page views641
Page last viewedFri Dec 09 20:28:01 UTC 2016
Pages240
Paragraphs3347
Words101954

Comments