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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)19

L'Angleterre désirait s'emparer des Antilles espagnoles : le XVIIIe siècle fut jalonné de guerres entre les flottes espagnole et britannique. À la paix d'Utrecht de 1713, les Anglais obtinrent le droit d'importer des esclaves dans les Indes occidentales espagnoles : la "Compagnie anglaise de la mer du Sud" (South Sea Company) gagna le privilège d'y transporter 140 000 esclaves entre 1713 et 1743 13. Parallèlement, le trafic de marchandises de contrebande s'accrut, favorisé par la complicité et la corruption des autorités coloniales. Afin de faire face à cette pression anglaise et créole, l'Espagne créa en 1740 la Compagnie royale de commerce de La Havane, chargée d'assurer le transport et la vente d'esclaves destinés à l'agriculture créole. Mais ce fut un échec, elle ne réussit pas à dominer le trafic de la main-d’œuvre noire, ni à assurer des marchés aux produits exportables tels que le sucre, le tabac et les cuirs. D'autre part, elle acheta les récoltes aux prix les plus bas. La contrebande demeura la solution la plus rentable pour les Créoles et la lutte entre l'Espagne et l'Angleterre s'aiguisa. En 1762, cette dernière s'empara de La Havane mais dut restituer la ville onze mois plus tard. Durant ces quelques mois, le port connut une activité intense ; il fut ouvert sans restriction aux bâtiments de la flotte anglaise et tout particulièrement à ceux de ses colonies du nord, c'est-à-dire aux futurs États-Unis d'Amérique. Sous le prétexte d'approvisionner les troupes anglaises, des dizaines de navires ayant à leur bord des agents commerciaux de Boston, de New York et de Londres relâchèrent à La Havane. L'importance commerciale de la ville s'accrut : le nombre de navires entrant dans le port passa de 6 en 1760 à plus de 200 par an 14. La brèche ouverte dans le monopole commercial espagnol ne se refermera jamais.

Des cargaisons d'esclaves gagnaient La Havane, de nouveaux marchés étaient ouverts : les Créoles avaient gagné les premières batailles grâce à leurs "alliés" anglais, d'autres restaient à engager en cette seconde moitié du XVIIIe siècle où la situation internationale leur était favorable. Les idées physiocratiques se répandaient en Europe et conduisaient l'Espagne à modifier ses relations avec ses colonies. Cuba fut un terrain d'essai des nouvelles mesures que la métropole pensait appliquer dans ses territoires d'Amérique et un train de réformes qui visait à intégrer l'île dans le contexte international fut adopté. La présence anglaise ne fut pas étrangère à ces réformes, qui peuvent être considérées comme des concessions obtenues par la force. Il en résulta de plus grandes possibilités de commerce pour l'économie créole. Les quelques entraves au libre trafic des marchandises entre Cuba et l'Espagne furent supprimées, la Real Compañía Mercantil de La Habana dissoute, et les privilèges dont jouissaient les ports de Séville et de Cadix annulés. De nouveaux ports furent ouverts au trafic colonial : Barcelone, Santander, Gijon, Alicante purent fréter des navires à destination des Antilles. L'organisation de compagnies maritimes marchandes dans les provinces de Catalogne et de Galicie en vue d'accroître les échanges avec Puerto Rico, Saint-Domingue et Cuba représenta un essai de libéralisation du commerce dans l'Empire espagnol.

13 O. Pino-Santos, Historia de Cuba, aspectos fundamentales, p. 86.

14 F. Knight, Slave Society in Cuba during the 19th Century, p. 10.

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