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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)192

blanche, comme dans ce cas 513 :

leurs grandes qualités d'honnêteté et de chrétiens leur ont gagné (aux parents mulâtres de la future épousée) la haute distinction des premières familles de la ville […]. Ainsi cette famille ne possède pas la couleur blanche comme on dit communément ici, mais quiconque j'ai interrogé, se révèle plein d'admiration pour elle, spécialement en ce qui concerne la bonne éducation reçue de la jeune fille et la probité du père, un maître charpentier.

Le futur conjoint était un artisan. Un homme blanc, de condition modeste, pouvait être considéré comme l'égal d'une jeune femme mulâtresse d'éducation catholique irréprochable dont le père était lui-même artisan. L'homme libre sans esclave n'avait aucune des obligations de maître-planteur, dont celle de maintenir sa pureté raciale. Au contraire, les membres de familles de renommée publique devaient sans cesse prouver leur pureté raciale afin de valider leur droit d'être composées de grands planteurs. Seuls, les planteurs voyaient leur appartenance raciale rigidement fixée. Le gouverneur de Guantanamo posa le fait de manière concise lorsqu'en 1860 il désira refuser une autorisation de mariage interracial :

Les lois du royaume interdisent le mariage entre des personnes de race blanche et celles de couleur ou d'origine africaine comme une mesure d'ordre et de bonne discipline dans un pays où il y a des esclaves.

La pureté raciale devint signe de pouvoir et de prestige et se transforma en valeur-norme, faisant de tout signe d'appartenance à la race de couleur un stigmate à effacer. Tout individu n'appartenant pas aux grands lignages blancs de l'île tenta d'affirmer l'absence d'esclaves dans sa généalogie. Cette affirmation était paradoxale de la part des éléments de couleur, descendants d'Africains asservis. Il leur fallut montrer que cette ascendance était lointaine. Comme les membres des familles de renommée publique devaient sans cesse prouver leur pureté raciale afin de valider leur droit d'être des planteurs, les gens de couleur libres cherchèrent sans cesse à affirmer leur éloignement de la condition esclave. À de multiples reprises, les dossiers d'autorisation de mariage illustrent la signification sociale de l'appartenance au groupe noir comme tare de l'esclavage. Une jeune fille fut définie ainsi 514 :

Dans la classe des gens de couleur, elle est considérée comme des plus respectables pour son éloignement de la race noire et de l'esclavage [...] son frère fut décoré par Sa Majesté pour services rendus lors de la poursuite des Noirs marrons.

Des parents se virent appuyer par les autorités dans leur refus du mariage de leur fille suivant cette argumentation 515 :

513 Ibid., legajo 890, n° 30044.

514 Archivo nacional de Cuba, Gobierno superior civil, legajo 893, n° 30329.

515 Ibid., legajo 924, n° 32284.

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