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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)195

connaissent la même condition 519 ?

Suivant les préceptes de ce code, l'homme libre se définissait en face du sauvage par sa capacité innée construire une vie sociale, à accéder à l'histoire. L'Africain était dit ne pouvoir acquérir cette capacité que sous l'effet de la contrainte. L'inégalité naturelle entre les hommes portait à la réduction en esclavage de ceux qui étaient inaptes à une vie sociale réglée dans la liberté. Il en résultait que l'exploitation du travail servile était rendue légitime par ladite nécessité de la domination politique et culturelle des Blancs sur les sauvages. Le lien entre l'esclave, être de nature, et le maître, être de culture, ne pouvait se baser que sur la force physique, sur la violence. Il fut traduit par l'appartenance physique du premier au second et par le régime disciplinaire de la vie sur les plantations. Les fonctions de surveillance et de punition étaient essentielles au système esclavagiste, en vue non seulement du maintien de la production mais aussi de l'affirmation de la nature sauvage des esclaves. La justification de l'esclavage se trouvait dans la manifestation quotidienne de la violence, et réciproquement.

Un rapport de sens s'établissait dans la hiérarchie entre les maîtres et les esclaves. Il correspondait à une discontinuité entre les ordres naturel et culturel, que seule l'intervention de la violence humaine des Blancs pouvait combler. Ce sens de l'initiation des Africains à la vie sociale au moyen de la contrainte se retrouvait dans la définition du travail dans la société esclavagiste. L'action sur la nature était réalisée par l'esclave au moyen d'un travail dur et routinier, elle était médiatisée par un effort humain violent appliqué directement à la réalité physique. Cette vision fut illustrée par le stéréotype de l'esclave sot et docile, ne pouvant donner les soins nécessaires au bétail et aux machines, ni acquérir la connaissance de techniques. Le sauvage ne savait intervenir sur le monde que par l'emploi de sa force physique. Capacité intellectuelle et liberté des hommes blancs étaient synonymes. Les deux impératifs, ou contraintes, du système de plantation colonial du début du XIXe siècle réapparaissaient : imposition par la métropole d'une production à large échelle dans des territoires vidés de leur population par un génocide et absence de technologie. Ils faisaient se répondre les rapports de force et les rapports de sens. La nécessité d'une main-d’œuvre abondante faute de techniques agricoles élaborées, et fixée à la plantation faute d'une pression démographique suffisante, renvoyait à l'image de l'Africain, stupide et asservi, appliquant une force brutale à la domination de la nature.

La technologie industrielle, dont l'emploi était en partie rendu possible par la venue des engagés chinois, était le symbole et le moyen d'un changement des rapports des hommes à la nature et de leurs rapports entre eux. L'action sur la nature se réalisait désormais au moyen des machines inversant le rapport de sens du code idéologique esclavagiste où la transformation du monde naturel était l'effet de l'effort des esclaves. La valorisation de la capacité des Chinois d'accomplir des tâches complexes auprès de machineries importées d'Europe

519 Biblioteca nacional de Madrid, sala de manuscritos, Colonización asiática en Cuba, 13 854, folio 127.

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