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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)199

Mais la contestation politique des colons asiatiques prenait un autre sens dans la société créole et ne se rapportait plus à l'image de la reproduction d'un ordre social toujours semblable à lui-même. Elle pouvait devenir le signe d'une action révolutionnaire, comme le perçurent nombre de planteurs et comme l'illustra la participation de colons asiatiques à l'armée mambís. Elle devenait le fait d'hommes libres œuvrant à la transformation de l'ordre social créole. La définition des rapports des hommes à la nature et de leurs rapports entre eux apportée par la montée du capitalisme industriel à Cuba permettait cette interprétation que la violence des esclaves n'avait jamais contenue. En effet, la violence des esclaves reproduisait le plus souvent la dichotomie posée entre les catégories de barbarie et de civilisation alors que les rébellions et l'entrée des colons asiatiques dans les rangs de l'armée d'indépendance menaçaient directement le pouvoir de l'oligarchie esclavagiste. Les esclaves refusant l'ordre des plantations s'enfuyaient et demeuraient quelques jours cachés dans les forêts, les montagnes et les autres zones inhabitées de l'île pour revenir ensuite sur leur lieu de travail. Ils étaient désignés du terme d'enfuis (huidos) et à ce titre connaissaient quelque punition corporelle. Ils pouvaient encore devenir marrons, c'est-à-dire tenter de déserter le monde des plantations et constituer des villages fortifiés, les palenques, qui subissaient les assauts de la garde rurale créole. Ces deux formes de refus de la condition servile, temporaire ou définitif, ne visaient nullement la destruction de l'ordre esclavagiste et l'instauration d'un nouveau système social où Blancs et Noirs seraient égaux, mais le retour à une forme de vie communautaire où les maîtres n'avaient pas de place. À une seule époque de l'histoire de Cuba, en 1844, les esclaves participèrent à une rébellion armée (l'Escalera), mettant en question la domination des Blancs sur les gens de couleur et s'inscrivant contre l'institution esclavagiste. Destruction de plantations et assassinats de maîtres furent suivis d'une féroce répression de la part des autorités de La Havane. Cette rébellion d'esclaves était dirigée par des éléments de couleur libres.

La condition sous contrat impliquait un autre moyen d'action sociale, connu des paysans cantonais : le maniement de l'épargne. L'existence des associations de prêts mutuels est attestée de longue date en Chine suivant Maurice Freedman 522. Les colons et les engagés libérés de leur contrat formèrent de telles associations qui leur permirent de créer un circuit de colportage dans les villes et les plantations, d'ouvrir des boutiques, de constituer des équipes de journaliers agricoles et d'amorcer un processus d'accumulation de capital que vint renforcer l'arrivée de marchands chinois dès 1870. L'émigration cantonaise comme fait original fit se rencontrer à des milliers de kilomètres de leur lieu d'origine des éléments déclassés de la société paysanne chinoise et des marchands des ports du sud à la recherche de nouvelles fortunes. Ce mouvement d'exil des marchands n'est qu'un effet, qu'une illustration outre-mer, de la montée de la dynamique capitaliste en Chine sous la pression de l'intervention du capital privé occidental à la suite de la suppression du monopole de commerce de l'East Company en 1834. Mais alors

522 M. Freedman, The Handling of Money, a Note of the Background of Economic Sophistication of Overseas Chinese, Man, avril 1959, n° 88-89.

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