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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)20

Le monopole des marchands andalous était visé 15 : l'Espagne commençait à s'industrialiser, ce qui supposait la participation de l'ensemble de son territoire au lucratif commerce avec les colonies. D'autre part, La Havane, dès 1778, ne fut plus reconnue comme le seul port d'exportation de l'île, Trinidad, Santiago, Batabano acquirent ce privilège.

...de telles dispositions écrivit un historien cubain 16 donnèrent lieu à un grand bond de l'industrie sucrière de Cuba, auxquelles s'ajoutèrent diverses circonstances favorables comme l'autorisation d'introduire plus d'esclaves, l'afflux d'argent dans l'île afin de financer la construction des grandes fortifications de La Havane et le fait que Cuba était à l'époque la seule colonie espagnole à produire du sucre. De cette manière, les obstacles au commerce extérieur de l'île, bien que celui-ci ne fut établi qu'avec la métropole, furent partiellement éliminés. Les résultats purent se faire sentir immédiatement, puisque dès 1779 Cuba exportait vers l'Espagne une quantité de sucre suffisante à sa consommation intérieure, c'est-à-dire 5 580 tonnes anglaises. Mais si le commerce entre l'île et la métropole était libre, la même chose ne peut être affirmée de celui qu'elle entretenait avec le reste du monde, lequel demeurait sujet aux lois archaïques de la Couronne. Cette paralysie cessa temporairement lors de la révolte des treize colonies américaines contre le roi d'Angleterre en 1779. Le roi d'Espagne et celui-ci se trouvaient en guerre l'un contre l'autre. Désirant causer préjudice à l'Angleterre, l'Espagne autorisa Cuba à commercer avec les révolutionnaires, et ainsi nos exportations de sucre augmentèrent.

Mais la métropole joua maladroitement en cette affaire : l'Angleterre étant l'ennemie, il convenait d'aider les colonies anglaises à gagner leur indépendance. L'aide fut financière sous forme de fonds remis par l'intermédiaire de la France, militaire sous forme d'armes et de munitions embarquées à La Havane à destination de La Nouvelle-Orléans. Elle fut aussi commerciale : les navires nord-américains s'approvisionnaient en sucre et autres produits à Cuba, ils déchargeaient des farines, des produits manufacturés et des esclaves. La brèche ouverte en 1713 (traité d'Utrecht) et en 1762 (occupation de La Havane par les Anglais) se faisait plus large. En fait, l'ouverture du marché nord-américain fut l'élément décisif de l'expansion de l'industrie sucrière à Cuba. L'Espagne essaya de rétablir son monopole commercial à la fin de la révolution américaine, mais les décrets ne furent jamais appliqués. La contrebande était affaire courante et l'agitation créole trop hostile à la métropole. De plus les États-Unis n'étaient en rien décidés à perdre le marché de Cuba. Ils avaient perdu toute possibilité de commerce avec leurs partenaires traditionnels, les Antilles anglaises, ils désiraient transférer leurs activités commerciales à Cuba. L'Espagne était vaincue. Un événement vint encore favoriser l'entreprise des Créoles : la ruine des habitations d’Haïti. Comme la prise de La Havane par la flotte britannique, la révolution haïtienne fut un accélérateur de la croissance des manufactures sucrières de l'île. Le marché international du sucre voyait l'un de ses plus importants producteurs

15 F. Knight, Slave Society in Cuba during the 19th Century, p. 9.

16 M. Casanova, "La industria azucarera de Cuba", Diario de la Marina, n° du centenaire, La Havane, p. 134.

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