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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)201

2.Religion et ordre social

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Dans la société esclavagiste, l'introduction du système de travail sous contrat mettait à jour une problématique, celle de la juxtaposition de deux définitions de la liberté, de deux rationalités sociales qui, bien que ne s'excluant pas, demeuraient antagonistes, conflictuelles. Cette problématique se trouvait posée au sein de toutes les pratiques idéologiques de la société créole. La nouvelle signification de la notion de liberté qui faisait des Chinois des égaux des Blancs et des planteurs impliquait une nouvelle définition de la notion et de la fonction de la religion.

La religion dans la société esclavagiste expliquait et servait la reproduction de l'ordre social. La dichotomie sauvagerie-civilisation était équivalente de celle opposant fétichistes et monothéistes. La hiérarchie proposée par l'ordre naturel entre animistes et catholiques servait à ordonner toutes les catégories fondant le pouvoir des planteurs : pratiques quotidiennes, statut légal, attributs raciaux, cultes religieux des Africains étaient autant de signes dévalorisants. Mais ces traits distinctifs pouvaient être changés par l'évangélisation, par la conversion des sauvages à la religion catholique : dans le code esclavagiste, un homme libre pouvait être un homme blanc ou un homme de couleur converti. La transformation possible des esclaves en hommes libres au moyen de leur obligatoire reconnaissance du pouvoir du Dieu unique renforçait la fonction de la religion catholique comme garant de l'ordre social. La description des cultes fétichistes comme cultes d'objets terrestres où se fixait une force magique indéfinissable permettait ce passage de la barbarie à la civilisation : la force diffuse et universelle que les esclaves honoraient par leurs cultes à des objets et dieux multiples devait être transférée à un principe unitaire d'organisation du monde, le Dieu catholique. L'esclave Esteban Montejo parla de la puissance du Dieu chrétien qui vainquit celle des dieux africains, reconnaissant la suprématie du premier, et validant l'institution esclavagiste. Aucune ambivalence ne sembla exister dans son esprit : les dieux noirs avaient perdu la bataille contre le dieu blanc entraînant dans leur défaite des milliers d'hommes sur la voie de la servitude. Les traits distinctifs, culturels, raciaux, légaux, économiques qui définissaient les esclaves et les hommes libres ne lui apparurent pas comme des symboles ambigus et destructibles de l'exploitation du travail servile mais comme des signes de différences irréductibles et significatives de la perte de pouvoir des fétiches et dieux noirs. La religion catholique devenait le lieu mythique de l'unification sociale où se dissolvait la hiérarchie entre les esclaves et les planteurs, pour se reproduire identique à elle-même.

La supériorité de la religion catholique sur les cultes africains devenue le garant de l'ordre social, la société se concevait comme un système clos se reproduisant semblable à lui-même : l'organisation sociale était l'équivalent du fonctionnement social. Le principe d'explication du système social ne résidait pas dans la société, mais se rapportait à la providence divine comme loi régissant et

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