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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)203

nouvelles définitions de la liberté, de la dépendance apparaissaient, furent repris par une fraction du clergé créole des principes de la doctrine chrétienne rendus jusque-là inopérants. Ces principes insistaient sur l'égalité des hommes et sur leur liberté de choix en matière de mariage interracial. Par ce changement des rapports de sens apportés par la pratique religieuse, une nouvelle vision de la société par elle-même était introduite. Au déterminisme naturel succédait l'image d'un déterminisme social, à l'univers de la règle, celui du changement et de la fluctuation. Mais les Chinois étaient les seuls à tenir le discours du changement dans la société créole, côte à côte avec les nationalistes insurgés dans la province orientale.

Les Chinois furent baptisés mais non évangélisés car l'Église créole avait perdu sa place sur les plantations du fait de la nécessité d'obtenir une rentabilité accrue de la main-d’œuvre. Les Chinois furent dits des hérétiques et leur incrédulité religieuse devint un modèle d'inconduite que les planteurs condamnèrent suivant diverses appréciations morales. Ils devinrent des hommes sans religion, ni morale qui ne méritaient plus d'appartenir au monde civilisé que la Chine avait symbolisé jusqu'alors aux yeux des Occidentaux.

3.La race : ambiguïté des rapports de sens et de force

À l'égal de la religion, la race, constituée en signe de différences naturelles irréductibles entre les hommes blancs et noirs, expliquait et servait la reproduction sociale. Les phénotypes, les occupations, les pratiques religieuses et culturelles et les statuts légaux étaient des signes hiérarchisés par leur référence à l'image du groupe dominant composé d'hommes blancs, libres, catholiques, détenant le contrôle des terres. Cette valorisation des signes blancs comportait la stigmatisation des attributs de la main-d'œuvre des plantations, esclave, fétichiste et africaine et faisait de l'acquisition des signes blancs, la norme recherchée afin d'annuler ces différences.

Les couleurs légale et réelle d'un individu pouvaient changer par le métissage. Un Noir, un Mulâtre pouvaient "blanchir" et acquérir un statut social plus valorisé. L'acquisition de ce nouveau statut était concomitante de la pratique d'unions consensuelles et de mariages interraciaux et de la manifestation des usages culturels blancs comme l'affranchissement des esclaves l'était de leur adhésion à la foi catholique. Ce n'était qu'au prix de l'affirmation redondante de la condition libre comme liée au catholicisme et de la prédominance de la race blanche et de ses attributs qu'esclaves et gens de couleur libres s'affranchissaient de la servitude et de l'image de la tare de l'esclavage. L'interprétation idéologique du fait racial portait la permanence de l'ordre social sans cesse reproduit identique : tout changement de statut social se réalisait en référence à la division entre Blancs et Noirs. L'existence d'un continuum racial à Cuba manifesta ce rôle de la catégorie raciale comme moyen de la reproduction sociale. Les phénotypes pouvaient changer paraissant abolir la différence entre Blancs et Noirs, mais ce

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