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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)204

changement confirmait le discours des planteurs-maîtres sur leur propre supériorité en reproduisant un des principes essentiels de la logique esclavagiste, celui de la nécessaire transformation des sauvages en hommes chrétiens et civilisés comme les Blancs.

Un double mouvement animait la société esclavagiste. Au nom d'une définition de la nature humaine en termes de civilisation, la supériorité de la race blanche et de tous ses attributs historiques était affirmée et les barbares exclus du monde des Blancs. Le concept de pureté raciale était indissociable de cette logique d'explication car un homme blanc ne pouvait rétrocéder dans l'histoire, nier sa propre définition. L'explication évolutionniste du monde du XIXe siècle sous-tendait la définition de la nature humaine en termes de civilisation et de race. Ce mouvement d'exclusion fondait la servitude des Noirs et créait les figures du maître autoritaire et punitif et de l'esclave soumis et stupide. Mais cette rupture au sein de la société était comblée par la vocation de l'esclavage de faire accéder les sauvages à l'état de civilisation et par la vision évolutionniste du devenir humain que les Blancs imposaient. Un mouvement d'intégration se faisait jour : les esclaves pouvaient acquérir leur liberté, changer de phénotype et devenir chrétiens. Il y avait des esclaves domestiques et artisans, parlant espagnol, suivant les préceptes catholiques et jusqu'à la pratique de consommation ostentatoire des planteurs ; il y avait des esclaves des champs voués aux langues, coutumes et cultes dits africains. À cette possibilité de continuité correspondait la figure du maître paternel, négociant avec ses esclaves leurs conditions de travail et de vie, et celle des esclaves se rebellant si ces conditions ne les satisfaisaient pas.

La race, la religion, la culture matérielle devenaient des médiateurs qui permettaient d'acquérir progressivement les signes blancs, fait que manifestait aussi la stratification culturelle, raciale, et occupationnelle des gens de couleur libres. Des faits économiques propres à l'évolution de la colonie de Cuba introduisaient une différenciation complexe au sein de la population de couleur libre. Au XVIIIe siècle, alors que le système de la plantation esclavagiste ne régissait pas encore la société créole, une importante population de couleur libre s'était formée et de nombreux immigrants blancs étaient arrivés. Entre 1820 et 1840, le fonctionnement des manufactures esclavagistes dont la capacité productive avait été accrue par l'emploi de la vapeur comme force motrice des moulins, avait favorisé sinon induit l'apparition de secteurs de production paysanne et artisanale approvisionnant le secteur sucrier, permettant une exploitation plus grande du travail servile et une rentabilité accrue des plantations. Ce fait se perpétua lors de la mécanisation des manufactures à partir de 1840 : nécessitant une force de travail agricole de plus en plus nombreuse et productive, les planteurs trouvèrent plus d'avantages à obtenir les biens nécessaires au maintien des esclaves auprès d'une paysannerie créole blanche et de couleur que de les voir produits par ces derniers ou achetés sur des marchés extérieurs. D'autre part, l'extension de l'urbanisation de l'île due à la consommation de prestige des planteurs préférant vivre dans les centres urbains et à la lourde présence administrative propre au

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