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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)205

régime colonial espagnol favorisèrent la croissance et le rôle des secteurs paysan et artisanal. Au sein de ces deux secteurs, des gens de couleur libres et des hommes blancs n'ayant pas accès à de grandes concessions de terres composaient un réseau de groupes sociaux définis à la fois selon des signes économiques, occupationnels, culturels produits par leur référence aux dichotomies civilisation-barbarie, blanc-noir.

Réaffirmant sans cesse la différence entre les Blancs et les Noirs en cherchant à la dépasser, les gens de couleur recréaient les conditions de leur propre exclusion et permettaient la reproduction du système esclavagiste, car leur acquisition des traits de la civilisation blanche était stoppée par la pratique de la pureté raciale par les grands planteurs. Un mulâtre ne pouvait être planteur par la prohibition faite à tout membre d'une famille noble ou de renommée publique de s'allier par le mariage à un élément de couleur. Le discours et la pratique de la pureté raciale était l'exclusivité des Blancs : la trace de l'ascendance raciale des gens de couleur était présente dans leur arbre généalogique. Certains réussissaient à cacher cette tare de l'esclavage mais il leur fallait la complicité d'autorités ecclésiastiques falsifiant les données inscrites sur les registres de paroisse. La pratique d'acquisition de traits raciaux et culturels blancs n'était suivie par les gens de couleur que pour confirmer leur subordination. Assujetti à l'oubli, à la répression ou à la dénégation, le rapport de sens dévoilé par l'impossible actualisation de la norme blanche par tous les membres de la société créole, existait inaliénablement inclus dans la logique sociale esclavagiste comme le double mouvement de l'ordre créole. La religion catholique était vouée au refoulement de la barbarie en vue à la fois de l'établissement de l'institution esclavagiste et de l'affirmation d'une égalité des hommes devant Dieu jamais réalisée. L'esclavage servait l'insertion des Africains dans le monde civilisé et l'exclusion des gens de couleur du monde des planteurs blancs. L'une des vocations de la religion, de l'esclavage et de la race étaient constituée en signification seconde, en rapport de sens implicite, passé sous silence. Les chrétiens n'étaient pas égaux, la liberté n'était pas la même pour tous, car l'obligation de la pratique de la pureté raciale, faite aux membres des familles de grands propriétaires terriens, interdisait aux autres Créoles l'accès aux moyens de production de la plantation esclavagiste. Cette interdiction donnait aux catégories référentielles de la théorie idéologique esclavagiste une ambiguïté de sens. Perçue suivant les rapports de sens explicités, prescrits comme fondement naturel des différenciations sociales entre Blancs et non-Blancs, la catégorie raciale servait la reproduction sociale, mais, perçue comme source du pouvoir des planteurs suivant les rapports de sens implicites, elle devenait le moyen d'une transformation sociale par la négation de sa fonction répressive. Les gens de couleur n'ignoraient pas ces rapports de sens implicites et n'étaient pas dupes des prohibitions que leur impossible actualisation leur imposait.

La position idéologique et sociale des hommes de couleur libres fut toujours ambiguë aux yeux des autorités qui les craignaient. En effet, si ces individus

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