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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)207

de sa pauvreté. La multiplication des journaliers de race blanche dans le secteur agricole de la production sucrière révéla ce fait à partir de 1860, mais il ne fut jamais rendu significatif par l'idéologie esclavagiste. La race en tant qu'opposition entre les hommes blancs et noirs n'était plus un critère de définition sociale : les Chinois possédaient les attributs des deux couleurs, c'est-à-dire n'en possédaient aucun.

Selon le code esclavagiste, leur couleur réelle aurait été celle des esclaves auxquels ils pouvaient être assimilés en tant que force de travail dépendante connaissant les mêmes conditions de vie que la main-d’œuvre asservie. Selon ce même code, leur couleur légale aurait dû être celle des Blancs auxquels leur statut d'hommes libres et leur phénotype non-africain permettaient de les assimiler. Mais leur non-insertion dans la communauté culturelle catholique rendait une telle définition caduque. L'application aux Chinois des critères raciaux esclavagistes devint socialement inopérante, dévoilant une possible absence de signification de la catégorie raciale dans la définition du statut des individus, qui renvoyait à l'abolition de toute référence à un garant extra-social dans le système de production capitaliste industriel. La race comme critère d'identification sociale cédait le pas au statut socio-économique. Par la présence du travail salarié sous contrat, la correspondance des dichotomies Noir-Blanc, esclaves-maîtres s'effaçait au sein même des plantations esclavagistes pour donner lieu à une nouvelle dichotomie conçue comme historiquement déterminée où le rôle des critères économiques créait l'opposition entre ceux ayant accès au contrôle des moyens de production et ceux ne l'ayant pas.

4.Théorie idéologique et pratique du pouvoir

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La théorie idéologique créole comportait deux aspects. Elle était une explication-commentaire des rapports sociaux qui, en attribuant un sens à ces derniers, les fondait et créait une vision de la société elle-même. À ce titre, elle était un discours et une logique systématiques d'articulation de catégories sémantiques et de rapports de sens, mais elle n'était pas une logique formelle car elle était une pratique de pouvoir. Chaque catégorie sémantique mise en avant, chaque rapport de sens actualisé étaient une interprétation, un rapport de significations prescrits qui n'existaient qu'en fonction de la prohibition d'autres interprétations et d'autres rapports de sens. La théorie idéologique créole se composait de rapports de sens explicités, normatifs, érigés en rapports de sens universels et légitimes et de rapports de sens implicites, déniés, prohibés, dominés dont l'actualisation entraînait la rupture de l'ordre social, la répression ou une possible transformation de la société esclavagiste. Elle constituait un processus de contrôle de significations qui assurait la production des signes et des comportements culturels permettant la reproduction de la structure sociale comme le contrôle de l'accumulation et des moyens de production permettait celle de l'organisation économique créole. Les comportements culturels et les signes qui

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