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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)209

Blancs planteurs pouvaient parler de et pratiquer la pureté raciale. Le contrôle de l'échange des signes culturels créoles dévoilait cette détermination de classe de la théorie idéologique esclavagiste. Mais cette impossible actualisation des normes des planteurs blancs par les gens de couleur libres ou asservis et par les paysans créoles faisait de la race non seulement un signe commentant et fondant une inégalité entre les hommes mais un moyen et un symbole d'oppression. Cette double acceptation de la catégorie raciale annulait son efficacité sociale : la race devenait un matériel d'échange symbolique indissociable des relations humaines où elle apparaissait mais devant s'abolir en elles. Son statut d'instrument de domination lui était restitué et elle ne pouvait plus fonder aucune différence, aucune valeur, ni créer de séparation entre les hommes qui l'échangeaient. Elle n'était plus qu'un objet signifiant une relation et non pas une signification l'ordonnant.

Par le dévoilement de l'ambiguïté de sens de la catégorie raciale, la définition des rapports sociaux par une détermination naturelle devenait caduque. Il apparaissait que seule l'imposition de l'interprétation de la réalité sociale par le groupe des planteurs pouvait ériger la race en un signe. En effet, un objet signe a une valeur d'usage et d'échange, une valeur codifiable, une autonomie apparente car il prend son sens dans la théorie idéologique qu'il signifie et renvoie à une logique systématique de significations codifiées. À ce titre, il ne peut être échangé que contre d'autres objets signes. Pour devenir un signe permettant la reproduction sociale, c'est-à-dire définissant et mobilisant les hommes en vue du maintien de l'institution esclavagiste, devait être abolie l'ambiguïté de sens de la catégorie raciale, marque d'une hiérarchie naturelle entre les hommes et facteurs d'oppression.

Cette réduction de sens était réalisée par la démarche interprétative du discours des planteurs. La race prenait un sens exclusif dans sa référence à la dichotomie civilisation-barbarie et au concept d'inégalité que celle-ci créait. Les relations sociales où elle apparaissait n'étaient plus que des relations codifiées par ce statut de signe différentiel qu'elle acquérait. La perte de sens de la catégorie raciale fondait et servait une discrimination sociale. Les hommes étaient maintenus divisés, séparés, classés par une hiérarchie que les différences de phénotype, de religion, de systèmes de valeurs et de culture matérielle signifiaient. Les échanges économiques, culturels et raciaux entre les Blancs et les gens de couleur ne pouvaient que confirmer la supériorité des Blancs mise en avant par le discours idéologique des planteurs. La circulation des biens de prestige (pureté raciale, pratiques culturelles européennes, biens de consommation de luxe) au sein du seul groupe des planteurs assurait la domination de ces derniers sur les non-Blancs et les non-planteurs, elle était parallèle de la circulation exclusive entre leurs mains des biens qui fondaient la suprématie dans un système de production esclavagiste : terres, capitaux et main-d'œuvre esclave.

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