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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)217

secteur capitaliste dans le mode de production esclavagiste. La redéfinition des comportements des Chinois constituait une explication permettant l'affirmation des rapports de force nouvellement établis entre les sucriers créoles et les autres groupes sociaux de Cuba. Elle n'était qu'une pratique idéologique particulière produite par la logique des significations de la théorie idéologique esclavagiste en cette période de mutation de la production sucrière.

Dès lors, les Chinois portaient les stigmates d'une dépendance définie suivant les catégories référentielles de la logique idéologique esclavagiste, ce qui motivait leur exclusion en termes de relations sociales et déterminait la constitution d'un groupe ethnique chinois. Les immigrés ne purent établir aucune relation sociale avec les Blancs et les hommes de couleur libres car ils portaient les marques de l'esclavage. Une femme noire refusa le mariage de sa fille avec un Asiatique : ce dernier, selon elle, n'appartenait pas à "sa classe car il avait été esclave 527. Les Chinois ne purent établir de relation sociale avec les esclaves car les signes différentiels qui définissaient les uns et les autres ne comportaient aucune similarité. Les classes esclave et salariée chinoise se trouvaient placées en situation de compétition économique et raciale défavorables à la première par la position des engagés chinois dans les rapports de production. Les Chinois se trouvaient dans une relation de domination sur les esclaves dont ils permettaient le maintien de la condition servile. Cependant, du fait du phénotype des Chinois, les frontières entre les groupes noirs et les colons asiatiques ne furent pas rigides. Les unions avec ces derniers furent recherchées par les femmes de couleur, libres ou esclaves, de condition pauvre. Les enfants issus de telles unions possédaient un phénotype plus proche du phénotype blanc que ceux issus d'unions avec des hommes de couleur. Les Chinois permettaient "d'avancer la race" suivant l'expression créole (adelantar la raza), ils rendaient possible l'acquisition de traits raciaux blancs. Témoin d'unions consensuelles entre colons asiatiques et femmes esclaves, l'évêque de La Havane remarqua en 1852 528 :

Ces unions exaspèrent les Noirs car elles leur ôtent tout espoir de mariage, les maîtres et les femmes noires préférant les Chinois.

Les Chinois furent ainsi décrits par un fonctionnaire colonial "comme de race plus pure que les Africains, bien que considérés avec une certaine aversion par les Blancs" 529. Ces unions, déniant les antagonismes existant entre la classe chinoise et les autres classes créoles, furent toujours causes de déboires pour les Chinois qui les contractèrent. Les fonctionnaires de la Commission d'enquête de 1874, écrivirent 530 :

Cheng A lai, le seul parmi les milliers de Chinois débarqués à Cuba qui soit connu comme ayant amassé une somme considérable d'argent épousa une femme blanche. Ensuite il s'efforça par deux fois de quitter l'île mais chaque fois il fut arrêté. Il est

527 Archivo nacional de Cuba, Gobierno superior civil, legajo 931, n° 32620.

528 Archivo de la capitanía general, Gobierno superior, sección V, expediente 17.

529 Archivo nacional de Cuba, Gobierno superior civil, legajo 930, n° 32587.

530 Chinese Emigration, p. 191.

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