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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)22

démolition des latifundia d'élevage 19.

Les capitaux ne manquaient pas dans l'île depuis 1760. Les grands commerçants de la Nouvelle Espagne, les marchands tout-puissants de Séville et de Cadix, les industriels et négriers nord-américains, les firmes anglaises et les quelques planteurs haïtiens qui avaient échappé à la ruine canalisèrent leurs avoirs vers Cuba, facilitant les crédits et acceptant en paiement sucres et miels.

Terres, capitaux, main-d’œuvre esclave, marchés d'exportation s'offrirent enfin aux planteurs créoles ; la première "valse des millions" étourdit l'île, toutes ses activités se tournèrent vers le secteur sucrier :

Ce fut une véritable fureur de fonder des moulins à La Havane à partir de 1792. En 14 ans, seulement dans l'évêché de la capitale, le nombre des moulins passa de 237 à 416 20.

Le produit de ces nombreuses manufactures esclavagistes était destiné à un marché européen ou nord-américain. Tant que la concurrence n'atteignit pas les sucres de Cuba, les plantations purent étendre leurs canneraies sans entrave mais cette croissance portait en elle-même ses limites, au-delà desquelles le système esclavagiste se dévorait lui-même. À partir de 1840, un fait nouveau vint rendre ces limites évidentes aux yeux des planteurs : l'industrie sucrière européenne concurrença directement l'industrie sucrière créole grâce à un nouveau système de fabrication du sucre. Le produit créole dut répondre aux exigences du marché mondial : être obtenu à plus bas prix et à plus grande échelle. Industrialisation et esclavage parurent contradictoires. Devant ce dilemme, les planteurs cherchèrent quelque solution miraculeuse : ils la trouvèrent dans l'immigration chinoise.

C'est ce développement particulier de l'industrie sucrière de Cuba entre 1800 et 1880 qu'il faut retracer pour connaître les causes et le contexte de l'arrivée de 125 000 immigrés chinois dans la Perle des Antilles entre 1847 et 1874 21.

19 M. Moreno Fraginals, El ingenio, complejo económico y social cubano del azúcar, 1964, t. 1, p. 14.

20 Ibid., p. 19.

21 150 000 individus quittèrent la Chine du Sud, 125 000 arrivèrent à La Havane.

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