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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)25

Les cannes plantées, la main-d'œuvre connaissait quelques semaines de répit. Mais, dès que les jeunes plants commençaient à pousser, désherbage et sarclage étaient assignés aux esclaves qui devaient supprimer les herbes ennemies de la croissance des cannes. Les instruments de travail pour ces tâches étaient la machette et le crochet (garabato). Ce dernier est en bois, il se compose d'un manche de 0,50 à 0,90 m de longueur, vers le bout duquel on a introduit obliquement une tige de bois, formant crochet et inclinée sur le manche à 45°. L'ouvrier prend le crochet de la main gauche, la machette de la droite ; avec le premier il attire et rassemble les herbes à détruire, avec le second il les coupe soit au niveau du sol, soit entre deux terres 30.

Par manque de main-d’œuvre, cette opération n'avait pas toujours lieu de manière régulière comme il aurait été requis. Jusqu'à la saison de la récolte, les champs plantés ne recevaient aucune attention, car les esclaves n'étaient pas disponibles. Seules quelques habitations pratiquaient un sarclage répété jusqu'à ce que les cannes aient atteint la hauteur de 60 à 80 cm. La richesse de leur végétation étouffait alors les herbes parasites. Les soins de culture et d'entretien se terminaient avec les désherbages, la prochaine étape était la récolte.

Les cannes à sucre étaient coupées à dix ou douze mois d'âge, quelquefois les planteurs attendaient seize à dix-huit mois. La récolte consistait en trois séries de travaux, la coupe, le ramassage des cannes et leur transport vers le moulin. Les plantes étaient sectionnées par le pied le plus près du sol d'un coup sec de machette. La section devait présenter un plan oblique afin de faciliter l'engagement des cannes entre les cylindres lamineurs. Les feuilles étaient arrachées, les flèches supprimées au dernier nœud, les cannes liées en bottes à l'aide de ces sommités appelées pour cette raison amarres. Elles étaient ensuite chargées sur des cabrouets, sorte de petites charrettes traînées par des mulets ou des bœufs, jusqu'à l'aire du moulin où elles étaient jetées dans le parc à cannes 31. Une règle fixe était observée à Cuba lors de la récolte : ce n'étaient pas les mêmes esclaves qui devaient couper les cannes, les ramasser et conduire les charrettes. La difficulté inégale des tâches et l'énergie physique requise par chacune étaient à l'origine de cette prescription suivant Moreno Fraginals 32 :

Le nombre des coupeurs, des ramasseurs et des charrettes variait naturellement avec la distance des pièces 33 du moulin et les besoins de celui-ci en cannes. Comme charretiers on choisissait les hommes les plus robustes de l'habitation, non parce que cette tâche fut si rude, mais parce que ces hommes travaillaient parallèlement dans l'atelier des fourneaux. Cela signifie qu'ils conduisaient les charrettes huit à neuf heures par jour, puis passaient ensuite huit à neuf heures dans la sucrerie en proie à une chaleur terrible et au rythme épuisant des équipages jamaïcains. Ensuite les suivaient en robustesse les coupeurs, bien que cela ne fut pas une règle fixe […]. Les ramasseurs étaient les personnes les plus faibles, aussi les planteurs préféraient les femmes.

30 N. Basset, Guide pratique du fabricant de sucre, p. 536.

31 Ibid., p. 550.

32 M. Moreno Fraginals, El ingenio, complejo económico y social cubano del azúcar, p. 97-98.

33 Nom des champs de sucre.

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