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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)30

Mais dès la troisième récolte, les rendements baissaient, les cannes de soca (ou repousses) telles qu'elles étaient dénommées par les planteurs à Cuba, étaient moins riches en sucs.

Après quatre récoltes, lorsque les rendements atteignaient les taux de 55 000 à 70 000 arrobes de cannes par caballeria, soit 45,88 à 57,4 tonnes à l'hectare, les champs étaient abandonnés et de nouvelles pièces ouvertes. Reynoso exprima mieux que personne l'opinion que professaient les planteurs en la matière :

Il n'y a pas à perdre de temps à cultiver des terres fatiguées, vieilles et déjà exploitées, une terre récemment défrichée (tumba) vaut mieux qu'un grand nombre de terrains usés dont on peut disposer certes facilement […]. Afin de rétablir à son niveau normal une récolte devenue insuffisante, ou afin de l'augmenter […] il est indispensable de planter en terres écobuées 48.

La manufacture sucrière à Cuba nécessitait toujours des étendues de terres vierges. La limite de l'expansion était donnée par la distance au port de cabotage ou à La Havane d'où les récoltes étaient exportées.

Une habitation comportant un moulin produisait de 10 000 à 15 000 arrobes de sucre par an (de 110 à 165 t), dont moitié de sucre blanc et moitié de sucre brut 49. Les rendements des moulins étaient faibles, le taux d'extraction de sucre blanchi de 3 % et plus bas encore pour les habitations produisant du sucre brut. Cet indice n'est pourtant pas significatif pour l'époque. Vu l'état des techniques utilisées dans les secteurs agricole et industriel, les planteurs s'intéressaient plutôt au rapport terres plantées-sucre. En effet, toute augmentation de la production impliquait non seulement une multiplication des moulins mais surtout l'extension des terres cultivées. Il en résultait un accroissement du nombre d'esclaves, plus important dans le secteur agricole, qui occupait la majorité des esclaves : le rapport terres-sucre illustre cette prédominance du secteur agricole dans la manufacture sucrière du début du XIXe siècle. Compte tenu de ces faits, les rendements à Cuba étaient impressionnants, ils s'élevaient en moyenne à 3 000 pains de sucre par caballeria 50, soit 5 100 kg de sucre par hectare. Ramón de la Sagra cita le cas de 8 000 pains de sucre obtenus sur des pièces nouvellement défrichées, soit 7 400 kg à l'hectare. Toute augmentation de la production résultait en une multiplication des outils et moyens de production : moulins, équipages, bassines, cabanes, formes, chariots, esclaves, terres, bétail.

Des chiffres illustrent cette obligation mieux que tout commentaire. Défricher une caballeria, soit 13,42 ha, requérait 1 296 journées de travail ; il s'agissait de couper les arbres, de les débiter et de disposer le bois en piles de 6 varas

48 Cité par M. Moreno Fraginals, El ingenio, complejo económico y social cubano del azúcar, p. 88.

49 Ibid., p. 105.

50 R. de la Sagra, Histoire politique et physique de l'île de Cuba, p. 386. Sur des terres plus usées, cet auteur indique des rendements de 2 200 pains de sucre par caballeria, soit 1 885 kg à l'ha.

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