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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)33

Le troupeau est le second élément de l'habitation : il vient par ordre après les esclaves (negrada), et mérite une attention particulière à la fois pour sa valeur et pour son utilité 55.

Moreno Fraginals commente ainsi ces propos :

Le bœuf fut la force motrice de l'habitation : il actionnait le moulin, tirait les charrettes, apportait les cannes coupées et emportait le sucre, labourait la terre et mort alimentait les Noirs tandis que son cuir servait à sceller les caisses. Et certaines plantations de petites dimensions qui plaçaient leur orgueil à produire un sucre blanc de très haute qualité, utilisaient son sang séché dans les opérations... 56

Les chiffres sont éloquents : pour le type d'habitation choisi comme modèle, 26 à 30 attelages étaient nécessaires au mouvement du moulin, un nombre équivalent était requis pour les travaux des champs, transportant cannes coupées et charges de bois.

Les troupeaux devaient être multipliés chaque fois que la production s'accroissait. Ils posèrent le problème de l'extension des pâturages. Les bêtes étaient lâchées sur des terres laissées en friche après plusieurs récoltes de cannes, à raison d'une caballeria pour 25 têtes de bétail. Une habitation comprenant 50 à 60 attelages devait réserver 4 à 5 caballerias, soit 53,6 à 67 ha en prés. En effet, à ce troupeau de bovins, s'ajoutaient souvent plusieurs dizaines de mules qui portaient la récolte vers son point de vente, lorsque les chemins ne permettaient pas le passage des charrettes.

La première "valse des millions" fut essentiellement basée sur une croissance quantitative des moyens de production, mais une telle croissance était liée à trois conditions :

1.Les terres vierges et boisées devaient être à la fois abondantes et proches d'un port d'exportation telle La Havane ou une ville de la côte septentrionale de l'île, la rentabilité agricole n'étant pas assurée par des méthodes intensives de culture mais par les conditions étonnantes de fertilité du sol. Le transport de la récolte annuelle était une opération longue et coûteuse pour tout planteur. Le déplacement des moulins vers l'intérieur de l'île, où les voies de communication étaient inexistantes, ne permettait l'acheminement des caisses de sucre qu'à dos de mule. Moreno Fraginals 57 a calculé le coût d'un tel transport pour une production annuelle de 10 000 arrobes de sucre et de 3 000 futailles de mélasses : il s'élevait à 2 300 pesos en 1795 alors que la valeur de la production était de 45 000 pesos 58, mais il ne faut pas oublier que les prix du sucre étaient exceptionnellement hauts en cette fin du XVIIIe siècle.

55 Blachette et Zoéga, Manuel du fabricant et du raffineur de sucre, p. 432.

56 M. Moreno Fraginals, El ingenio, complejo económico y social cubano del azúcar, p. 103.

57 M. Moreno Fraginals, El ingenio, complejo económico y social cubano del azúcar, p. 70.

58 R. Guerra y Sánchez, Manual de historia de Cuba, p.200.

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