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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)34

2.L'accès aux bras esclaves devait rester aisé, ce qui signifiait que la main-d’œuvre noire devait demeurer disponible sur les côtes africaines afin de ne pas provoquer une montée des coûts. De la fin du XVIIIe siècle aux années 1840, les prix des esclaves se stabilisèrent aux taux de 400 à 500 pesos. D'autre part, le coût du maintien des esclaves devait rester bas.

3.La stabilité du marché international du sucre était un autre impératif ; elle permettait la fixation des prix de cette matière première à des taux favorables aux planteurs. La concurrence entre les divers producteurs mondiaux ne pouvait s'aiguiser sans détruire l'équilibre des habitations de Cuba.

Si ces trois conditions étaient remplies, la manufacture sucrière esclavagiste des années 1790-1840 était une entreprise rentable malgré les déplacements fréquents des moulins. La durée d'existence d'un site semblait être, suivant le témoignage de Francisco de Arango y Parreño, de plusieurs dizaines d'années, parfois 60 ans 59. La question de la rentabilité et de la rationalité économique des plantations esclavagistes utilisant les méthodes agricoles et manufacturières a donné lieu à une polémique 60, mais les arguments des auteurs mettant en avant le faible taux de profit de ces entreprises semblent s'effondrer dès que des calculs sont réalisés à partir des livres de comptabilité d'habitations ou de sources provenant des archives des îles. Suivant ces calculs 61, les profits annuels moyens d'une plantation utilisant comme force motrice l'eau ou la traction animale, étaient de l'ordre de 8 à 10 %du capital investi.

Cependant, la croissance quantitative posa le problème de la baisse progressive des rendements par esclave. Multiplier les surfaces cultivées, les moulins, les équipages, les esclaves sans changer qualitativement le flux de la production apporta les premières années une nouvelle prospérité. Mais au fur et à mesure que les habitations devinrent démesurées et comprirent 300 esclaves, les coûts montèrent et les profits baissèrent. Le rendement de chaque esclave ajouté à une habitation était non directement proportionnel au capital investi dans son achat et son maintien. Un fait intervint entre 1820 et 1840 qui retarda de quelques

59 F. de Arrango y Parreño, De la factoría a la colonia, p. 42.

60 L'acuité de la polémique sur la rentabilité des plantations dans le sud des États-Unis et les Antilles provient des problèmes soulevés. Il s'agit de savoir si les Antilles servirent au développement industriel des métropoles européennes ou furent au contraire des marchés soutenus artificiellement par ces dernières pour des raisons politiques. Il s'agit encore de savoir si le système esclavagiste du sud des États-Unis aurait pu évoluer vers un système industriel sans l'intervention du Nord, c'est-à-dire si l'abolition de l'esclavage aurait pu être obtenue sans la guerre de Sécession.

61 S. B. Sheridan, "The Wealth of Jamaica in 18th Century", The Economic History Review, 2e série, vol. XXVIII, n° 2, 1965 ; K. Aufhauser, "The End of Slavery in the British Caribbean", article non publié. Les calculs réalisés par ces deux auteurs à partir de documents d'archives des îles de la Jamaïque et de la Barbade concernant des plantations du XVIIIe siècle mettent en évidence des profits de 8 à 10 % du capital investi. Les chiffres disponibles concernant une période plus tardive à Cuba (suivant Ramón de la Sagra, Histoire politique et physique de l'île de Cuba, p. 445) sont impressionnants, quelque 30 %, mais il faut tenir compte de la conjoncture extrêmement favorable des années 1790-1795. Voir annexe 1.

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