X hits on this document

649 views

0 shares

0 downloads

0 comments

35 / 240

Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)35

années la prise de conscience par les planteurs des limites de la rentabilité de leurs entreprises : les manufactures créoles de Cuba connurent une modification technique des installations de leurs moulins.

4.Les limites de la rentabilité

A. L'introduction de la vapeur

Retour à la table des matières

L'un des goulots d'étranglement de l'habitation avait toujours été la faible capacité d'absorption du moulin qui pouvait broyer, durant les mois de la récolte, une quantité maximale de 3 500 t de cannes. Si la récolte était supérieure, un nouveau moulin devait être installé et les coûts montaient. Les machines de fabrication anglaise apportèrent dès 1820 une solution à cette entrave à la croissance des manufactures sucrières traditionnelles : la vapeur fut utilisée comme force motrice.

En 1861, les habitations créoles de Cuba utilisaient dans leur majorité les machines à vapeur ; seuls les trapiches produisant pour la consommation intérieure du sucre de qualité inférieure, gardaient les anciennes méthodes de mise en mouvement des rouleaux. Les chiffres suivants montrent l'extension de l'emploi des nouvelles machines. Ces dernières étaient utilisées en 1827 dans 25 habitations sur 1 000, en 1846 dans 290 sur 1 442 et en 1861 dans 935 sur 1 336. À cette date le secteur dit semi-mécanisé, c'est-à-dire utilisant la vapeur 62 produisait 80,6 % du sucre fabriqué dans l'île.

Pourquoi les planteurs acceptèrent-ils aussi promptement cette nouvelle technique qui avait pourtant connu vingt années d'essais infructueux de 1797 à 1817, date de la première installation concluante ? Moreno Fraginals explique ainsi l'accord total des planteurs sur l'utilisation de l'invention européenne :

La première raison de l'extension des moulins actionnés par des machines à vapeur, il faut la chercher dans l'extraordinaire économie de main-d'œuvre et d'attelages, et dans les facilités apportées dans la production. Cette machine […] éliminait de 50 à 80 attelages de bœufs et le personnel correspondant nécessaire à sa surveillance. Si nous prenons comme exemple une grande manufacture produisant de 30 000 à 40 000 arrobes de sucre, nous pouvons calculer que le nouveau système réduisait de plusieurs dizaines le nombre de bœufs et déplaçait vers d'autres activités non moins de 30 esclaves 63.

La production annuelle de sucre pouvait atteindre 30 000 à 40 000 arrobes. Les manufactures comprenant plus de 300 esclaves ne faisaient plus figure de géants comme c'était le cas durant les premières années du XIXe siècle, des plantations

62 R. Cepero Bonilla, Obras históricas.

63 M. Moreno Fraginals, El ingenio, complejo económico y social cubano del azúcar, p. 110-111.

Document info
Document views649
Page views649
Page last viewedSat Dec 10 03:36:30 UTC 2016
Pages240
Paragraphs3347
Words101954

Comments