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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)38

B.L'accès à la main-d’œuvre

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En 1807, l'Angleterre avait aboli la traite des Noirs à destination des Antilles, sans supprimer le régime de l'esclavage aboli quelques années plus tard. Les conséquences pour les planteurs de la Jamaïque, de la Barbade et de la Trinité furent immédiates : le prix des esclaves monta. Ils tentèrent de reproduire leur force de travail, c'est-à-dire d'élever des enfants esclaves. Le coût de chacun d'eux était élevé : 112 livres sterling à la Jamaïque, 109 à la Barbade et 152 à la Trinité alors qu'à la même date, les esclaves se vendaient à La Havane 45 livres sterling la pièce 72. De surcroît, les planteurs des Antilles anglaises devaient faire face à deux nouveaux obstacles. D'une part, l'usure des sols les obligea à l'emploi onéreux d'engrais. Suivant les calculs d'Eric Williams 73, leurs profits durant les dernières années du XVIIIe siècle baissèrent de presque 50 % D'autre part, les productions sucrières mauricienne et indienne vinrent concurrencer celles des Antilles anglaises. Durant la première moitié du XIXe siècle, la Grande-Bretagne se transforma en une puissance industrielle et coloniale. Cette expansion économique et territoriale la porta à se heurter à la puissance française dans les territoires d'Extrême-Orient, plus particulièrement en Inde et dans les îles Mascareignes qui commandaient l'accès à l'Asie. La Grande-Bretagne s'empara de l'île Maurice et de l'Inde, deux pays producteurs de sucre. Ce fait renforça la constitution dans la métropole d'une industrie sucrière de raffinage qui trouva dans les sucres coloniaux la matière première utile à son activité 74. Pour protéger l'industrie sucrière de ces trois îles, la métropole britannique s'opposa à la traite des Noirs menée à bien par les commerçants havanais et sévillans. Elle mit autant d'entraves qu'elle put sur le trajet des navires transportant des esclaves, et rechercha la hausse des coûts de production dans l'île de Cuba. Pour comprendre l'importance de la stratégie anglaise, il faut savoir que les îles britanniques consommaient alors un tiers du sucre produit dans le monde.

En 1820, Londres obtint un nouvel accord de Madrid ; il portait sur la suppression définitive de la traite des Noirs, mais ce traité ne porta pas ses fruits avant 1845 et même 1865. L'Espagne était trop intéressée à la traite des Noirs, qui lui rapportait de substantiels bénéfices financiers, la fidélité politique des Créoles les plus puissants et l'assurance de garder la colonie de Cuba. Cependant, elle dut plier plus d'une fois devant les menaces anglaises et accepter à plusieurs reprises de faire face à l'hostilité créole. Elle accorda un droit de visite et de poursuite des bâtiments négriers ; de nombreux navires furent arraisonnés et les Africains trouvés à leurs bords libérés. Ils furent dénommés à Cuba les "émancipés" ; un

72 D. Hall, "Slaves and Slavery in the British West Indies", Social and Economic Studies, septembre 1968, vol. II, n° 4, p. 307.

73 E. Williams, Capitalism and Slavery, p. 122-123.

74 Voir à ce sujet les écrits d'Adrien d'Épinay, qui tenta de défendre les intérêts de la classe esclavagiste de Maurice auprès du gouvernement de Londres.

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