X hits on this document

664 views

0 shares

0 downloads

0 comments

39 / 240

Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)39

statut particulier leur était alloué suivant un accord passé entre l'Angleterre et l'Espagne en 1824. Ils devaient se soumettre à une personne privée durant une période de six ans afin d'apprendre un métier et les premiers rudiments de la religion catholique. À la fin de ces six années ils recevaient de leurs maîtres un certificat de liberté. Cette procédure fut une duperie qui ne gêna pas l'industrie sucrière de Cuba. Le trafic demeura florissant, les esclaves continuèrent d'arriver de manière clandestine. L'île connut en 1843 le taux le plus haut de population esclave de son histoire : 436 000 75 individus non libres, soit plus de la moitié de la population totale. L'Angleterre ne se hasarda pas à une attaque directe de Cuba. La lutte autour de la Perle des Antilles était âpre entre les trois puissances nord-américaine, espagnole et britannique. Espagnols et Anglais n'affrontèrent jamais l'oligarchie créole de peur de la voir donner son allégeance à son puissant voisin du nord. Les États du sud des États-Unis demeurèrent entre 1830 et 1865 les derniers territoires esclavagistes d'Amérique avec les colonies espagnoles des Antilles (Cuba, Puerto Rico). Dans les années 1840, les planteurs créoles furent favorables à une annexion à la Confédération, unique défenseur d'un ordre social blâmé de tous. La guerre de Sécession mit fin à leurs espoirs et l'Angleterre gagna la dernière bataille : la traite des Noirs disparut en 1865.

L'opposition anglaise au commerce des esclaves porta ses fruits tardivement. De 1824 à 1866, 26 026 Noirs 76 furent saisis sur des bâtiments se dirigeant vers Cuba, mais seuls 10 000 d'entre eux furent libérés. Cependant, ces possibilités de poursuite des navires, de saisies de bossales obligèrent les trafiquants à chercher de nouveaux itinéraires, à affréter des bateaux plus rapides, à débarquer leurs cargaisons dans des points de plus en plus reculés de l'île, et enfin à monnayer à un prix élevé le silence des autorités coloniales. Ces faits rendirent progressivement les expéditions sur les côtes du golfe de Guinée moins enrichissantes, les prix des esclaves montèrent sur le marché de La Havane, créant des problèmes insolubles aux planteurs de Cuba. Un esclave mâle adulte valait en 1830, 300 à400 pesos, et 1 250 en 1855. Le résultat de trente longues années d'escarmouches entre l'Espagne et l'Angleterre devenait enfin visible.

Les planteurs envisagèrent plusieurs solutions aux difficultés causées par la politique agressive mise en œuvre par l'Angleterre. Ils tentèrent d'élever des enfants esclaves suivant l'exemple de leurs voisins jamaïcains, au début du XIXe siècle. L'expérience fut désastreuse et se révéla plus coûteuse que le remplacement des esclaves au prix du marché. Elle fut rendue impossible par le rythme de travail des manufactures car une mère esclave devait être retirée de la production durant la grossesse et la période de l'allaitement de l'enfant. Ils essayèrent de faire accepter de l'Angleterre l'engagement sous contrat d'Africains libres. Le gouvernement londonien comprit que ce ne serait qu'une forme déguisée d'esclavage qui défavoriserait ses Antilles et il refusa.

75 O. Pino-Santos, Historia de Cuba, aspectos fundamentales, p. 48.

76 A. F. Corwin, Spain and the Abolition of Slavery in Cuba, 1817-1886, p. 278.

Document info
Document views664
Page views664
Page last viewedSat Dec 10 14:52:20 UTC 2016
Pages240
Paragraphs3347
Words101954

Comments