X hits on this document

497 views

0 shares

0 downloads

0 comments

40 / 240

Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)40

Face à ces échecs, les planteurs cherchèrent à combattre certains effets humanitaires de la législation espagnole, qui favorisaient l'affranchissement d'esclaves. Bacardí y Moreau, dans ses chroniques de Santiago de Cuba 77, se plaignit de la facilité avec laquelle les esclaves se libéraient dans les villes et les zones de cultures vivrières. Il demanda la restriction de l'application d'une clause du Code de 1842 78 ; cet article permettait à un esclave, contre la somme de 50 pesos versés à son maître, de devenir un homme libre pouvant travailler à son compte. D'autre part, de nombreux maîtres possédant de petites exploitations, des ateliers, des commerces et n'ayant besoin de leur main-d’œuvre que de manière irrégulière donnaient à leurs esclaves le droit de travailler comme salariés, et recevaient une fraction importante des salaires. Les esclaves surent mettre à profit ces contradictions de l'économie créole mais cette voie ouverte à ceux d'entre eux qui n'étaient pas attachés aux grandes plantations ne fut qu'un étroit chemin vers la liberté. De 1852 à 1858, 16 237 esclaves furent affranchis 79. La pratique de la location des esclaves semble avoir plus favorisé le transfert saisonnier de main-d'œuvre d'un secteur de l'économie créole vers un autre que l'affranchissement des esclaves. La lutte des planteurs contre cette clause du Code de 1842 fut sans grand effet ; elle ne servit pas à atténuer le déficit croissant de main-d'œuvre malgré le déplacement de quelque 40 000 esclaves des caféières vers les plantations sucrières 80. En 1860, don José Suárez Argudín décrivit la situation :

Ainsi, si nous éliminons du nombre des propriétés rurales celles qui n'occupent pas le rang ou la catégorie de plantations, et si nous exigeons seulement 200 esclaves pour chacune de ces dernières (ce qui équivaudrait à compter un Noir pour chaque onze caisses de sucre raffiné), nous ne pourrons que convenir que le total nécessaire atteint le chiffre de 273 000, nombre insuffisant pour ce que nous désirons. Ainsi, même si nous savons qu'il existe à Cuba 374 000 esclaves […] il est utile d'admettre 1) qu'ôtant de ce nombre 62 467 individus qui n'ont pas atteint l'âge de 15 ans et 41 645 qui ayant plus de 60 ans ne sont plus utiles au travail, il reste 270 694 esclaves ; 2) qu'il manque donc 2 306 hommes pour former le contingent de 273 000, qu'une évaluation très basse suppose indispensable aux 1 365 plantations que compte le territoire cubain ; 3) que de plus le reste des exploitations rurales demeure paralysé alors même que les plantations ne peuvent s'agrandir 81.

L'appréhension de cet auteur ne semble guère exagérée, il fallait encore retrancher de ce chiffre les hommes et femmes destinés au service domestique, soit près de 20 000 individus 82.

77 E. Bacardí y Moreau, Crónicas de Santiago, p. 141.

78 Le Code de 1842 fut le règlement définissant les conditions de vie des esclaves et les droits et obligations des maîtres.

79 R. Lachatañere, "Notas sobre la formación de la población afro-cubana", Actas del folklore, 1re année, n° 4, p. 8.

80 Les caféières disparurent devant la montée de la concurrence internationale entre 1830 et 1850.

81 Les dernières lignes sont soulignées par nous. J. Suárez Agudín et L. Fernández Persones, memoria general o sea resumen de las razones justificativas del proyecto de inmigración de brazos libres africanos, p. 6-7.

82 Un impôt de 24 pesos par esclave affecté au service domestique fut créé plus tard en 1872.

Document info
Document views497
Page views497
Page last viewedSat Dec 03 03:20:30 UTC 2016
Pages240
Paragraphs3347
Words101954

Comments