X hits on this document

519 views

0 shares

0 downloads

0 comments

41 / 240

Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)41

Le gouvernement métropolitain, conscient des difficultés des planteurs, chercha quelques remèdes. En 1848, il commença à se préoccuper des conditions de vie des esclaves et des moyens de prévenir leurs nombreux suicides 83. Les propositions de Madrid firent certes sourire les planteurs, il leur était conseillé d'accueillir plus de prêtres sur les plantations afin d'inculquer aux esclaves désespérés les principes religieux du christianisme qui "adoucissent les mauvaises passions et inspirent une conduite plus soumise" 84. Les "habitants" furent d'un esprit plus pratique. Ils savaient que leurs esclaves choisissaient la mort non par ignorance d'une autre existence que leur idolâtrie leur aurait cachée mais par désespoir devant leurs conditions de vie insupportables. Ils décidèrent d'attacher plus d'attention à la nourriture distribuée à leur main-d’œuvre, au nombre de femmes achetées, aux soins médicaux prodigués lors des maladies, accidents ou épidémies. Leurs préoccupations concernèrent l'organisation de la vie quotidienne des esclaves ; il s'agissait d'éviter la mort des nouveaux-nés et des femmes enceintes, de veiller aux bonnes conditions de travail des esclaves bien portants. Une voyageuse américaine commenta en termes réalistes le nouveau souci des planteurs :

... Les esclaves sont très bien traités, car leur santé est une affaire de dollars... 85

La politique dite du buen trato 86 se répandit : humaniser les conditions de vie des esclaves signifia raccourcir de quelques heures leurs travaux, établir des infirmeries dans chaque plantation, octroyer de meilleures rations alimentaires, accorder un repos hebdomadaire. Ce fut la politique contraire de celle qui était suivie durant les années 1820-1840. Les esclaves n'étaient plus bon marché. "Ce fut la conséquence logique du remplacement du principe de profit maximal par celui de perte minimale" 87. Ce n'était pas une solution à la crise des manufactures sucrières créoles mais une manière de survivre malgré elle.

Les plantations semi-mécanisées se trouvaient face à une impasse. Des facteurs conjoncturels et structurels s'unissaient pour consommer leur ruine. Les limites de croissance du système esclavagiste étaient atteintes comme l'exprima Moreno Fraginals :

Grâce à un système d'exploitation bestial, les manufactures s'agrandirent, employant chaque fois plus d'esclaves, recherchant le degré optimal de travail de ces derniers, simplifiant les tâches […] jusqu'à atteindre dans les années 1840 le point limite de la courbe des coûts marginaux. Dès lors […] les planteurs

83 Archivo histórico nacional, Madrid : Sección : Ultramar Cuba, Legajo 3550.

84 Ibid.

85 M. Murray, Letters from the United States, Cuba and Canada, p. 251.

86 Soit en français "des bons traitements". Expression employée à l'époque pour désigner cette nouvelle attention portée aux esclaves.

87 M. Moreno Fraginals, "Desgarramiento azucarero e integración nacional", Revista de la Casa de las Américas, n° 62, La Havane, 1971.

Document info
Document views519
Page views519
Page last viewedSun Dec 04 02:09:25 UTC 2016
Pages240
Paragraphs3347
Words101954

Comments