X hits on this document

550 views

0 shares

0 downloads

0 comments

45 / 240

Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)45

du poids de la canne.

Durant la période suivante, avec un moulin mû à la vapeur, les mêmes 1 000 charrettes de canne ont produit 2 770,75 arrobes de sucre, soit 3,46 % du poids de la canne. Durant la dernière roulaison, utilisant la machine à vapeur et les appareils à concentration sous vide Derosne, la même quantité de canne a produit 4 730,42 arrobes de sucre, soit 5,91 % du poids de la canne.

Les rendements étaient presque doublés. De plus, la qualité du sucre centrifugé était supérieure et la longue échelle des cinq qualités de sucre laissait place à trois catégories nouvelles : sucre centrifugé blanc, sucre roux et mélasse, masses de sucre non passées par le procédé de raffinage.

Ces techniques furent rapidement appliquées en Europe et la concurrence entre le sucre européen et antillais s'aiguisa. Cependant, durant les années 1840-1860, l'extrême fertilité des sols de l'île servit à protéger l'industrie créole des effets de cette rivalité. D'autre part, la canne plantée donne plusieurs récoltes : tel n'est pas le cycle de la betterave à sucre qui exige d'être renouvelée chaque année. La canne est encore une tige, pour en extraire le suc, il suffit de la presser. La betterave est au contraire une racine qui doit être lavée et passée par un long procédé de macération avant de libérer le sucre qu'elle contient. Les coûts de production du sucre de betterave furent durant la première moitié du XIXe siècle plus élevés que ceux du sucre de canne. Mais, peu à peu, les inventions techniques changeant cette situation, la concurrence commença à peser sur le produit créole et le marché du sucre se modifia. En 1859, Cuba possédait un marché d'exportation diversifié : ses récoltes étaient dirigées vers sept régions du globe 94. Grâce à cette situation, elle obtenait des prix relativement hauts pour sa production. Mais 1857 avait été marquée par une amorce de tendance à la baisse des prix du sucre et les faillites de planteurs furent nombreuses dans l'île. Dès 1850, les marchés européens s'étaient fermés aux produits de Cuba quand les raffineries allemandes, françaises, anglaises achetèrent les récoltes continentales ; le principal acheteur des sucres créoles, l'Angleterre, commença en 1856, à s'approvisionner en France. Même l'Espagne acheta les nouveaux sucres européens après 1850. La production de l'île de Cuba ne décidait plus des prix internationaux. Le seul marché ouvert était celui des États-Unis : la naissance et le développement de l'industrie sucrière en Europe placèrent les manufactures de Cuba dans la totale dépendance du marché américain. Cuba exportait en 1877, 82% de sa production totale vers les États-Unis, 4,4 % vers la Grande-Bretagne, 5,7 % vers l'Espagne, 1,6 % vers la France, 3 % vers les possessions danoises d'Amérique et enfin 1 % vers l'Amérique latine 95.

1857 avait marqué le début d'une conjoncture défavorable à la production de l'île ; les retards techniques de son industrie étaient désormais plus difficiles

94 R. Cepero Bonilla, Obras históricas, p. 102. Suivant cet auteur, Cuba exportait en 1859, 41,9 % de sa production totale vers les États-Unis, 25 % vers la Grande-Bretagne, 12 % vers l'Espagne, 8 % vers la France, 6 % vers l'Allemagne, et 2,3 % vers l'Amérique latine.

95 R. Cepero, Bonilla, Obras históricas, p. 103.

Document info
Document views550
Page views550
Page last viewedMon Dec 05 09:34:30 UTC 2016
Pages240
Paragraphs3347
Words101954

Comments