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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)46

à supporter face à la baisse des prix du sucre. Les capitalistes anglais, français, allemands, américains avec leurs règles de financement bancaire, leurs innovations techniques, leur système de main-d’œuvre salariée à bas prix, leur contrôle des marchés entraient en concurrence avec le système esclavagiste créole au moment où celui-ci arrivait à son point limite de rentabilité. Devant cette dure leçon, une seule solution était offerte aux planteurs : mécaniser à leur tour la production de leurs unités afin d'augmenter les rendements, d'améliorer la qualité de leur sucre et de concurrencer les produits européens.

2.La mécanisation des manufactures

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En 1841, les premiers appareils à concentration sous vide furent introduits dans l'île, et l'un des planteurs les plus fortunés expérimenta le nouveau système d'évaporation du vesou. La firme française fabriquant ces machines envoya un des inventeurs à La Havane afin d'en surveiller l'installation. Huit ans plus tard, les premières centrifugeuses étaient livrées à Joaquim de Ayéstaran, propriétaire de l'habitation Amistad. Cependant, l'usage de ces appareils se répandit lentement : 8,3 % de la récolte de 1860 furent réalisés par des plantations utilisant les nouvelles techniques 96. Pourquoi la mécanisation des manufactures fut-elle si lente alors qu'en 1842, devant les résultats des innovations techniques européennes, certains planteurs songeaient à former des compagnies sucrières qui distribueraient de hauts dividendes à leurs actionnaires ?

L'utopie imaginée par ces planteurs se heurtait à leurs yeux à deux réalités :

1.l'installation des nouveaux appareils nécessitait de fortes sommes, et changeait la productivité du secteur manufacturier sans altérer celle du secteur agricole, ce qui posait de nouveau le problème de la main-d’œuvre, alors que celle-ci était rare et coûteuse ;

2.les machines requéraient une attention et des connaissances de mécanique que les esclaves ne possédaient pas.

À Cuba, entre 1830 et 1850, les revenus annuels moyens d'habitations semi-mécanisées obtenant une production de sucre de 1 000 caisses soit 16 000 arrobes ou 127 600 kg de sucre et 4 000 barriques de mélasse étaient de l'ordre de 7 000 pesos, les profits de 6 % du capital représenté par les propriétés 97. Dans le cas d'unités plus importantes, produisant 64 000 arrobes de sucre, les revenus annuels s'élevaient à quelque 19 000 pesos, les bénéfices restant équivalents à 6 % du capital investi dans les terres, les machines, les bâtiments, la main-d'œuvre et le

96 M. Moreno Fraginals, El ingenio, complejo económico y social cubano del azúcar, p. 85.

97 R. de la Sagra, Histoire politique et physique de l'île de Cuba, p. 452.

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